Eliane Radigue, festival des Musiques Démesurées

musiques_demesurees_affiche-2014C’est en épluchant le programme des Musiques Démesurées, 16e du nom, que je suis tombée sur cette soirée à la chapelle des Cordeliers. Je n’avais jamais entendu parler d’Eliane Radigue mais je me suis dit que ça pourrait intéresser Bastien. Et en effet, le grand amateur de musique électronique minimaliste qu’il est connaissait très bien. C’est donc en sa compagnie que j’ai découvert cette artiste passionnante, au travers d’un film documentaire puis de la diffusion d’une de ses pièces musicales.

Eliane Radigue aurait dû être présente à la chapelle mais malheureusement, ses presque 83 ans l’ont privée de ce déplacement au dernier moment. Déception immense de Bastien, et de moi aussi car il faut avouer que lorsqu’on parle de musique électronique, on pense rarement à une dame  de cet âge et j’aurais été honorée de la voir à cette occasion. Elle a été l’une des pionnières à exploiter les appareils électroniques, à en tirer des sons, des fréquences, des vibrations subtiles et à les mixer pour en faire des œuvres stupéfiantes au sens propre du terme. Devant son ARP 2500, l’un des tout premiers synthétiseurs, elle a pendant des années manipulé des boutons avec la plus grande délicatesse pour tisser des nappes sonores qui peuvent paraître rêches et opaques au premier abord, et qui s’avèrent finalement être des portes d’entrée secrètes vers des états de conscience particulièrement sensibles et bienfaisants. Sans prendre de substances illicites, je le jure.

Bastien m’a prévenue avant le lancement de l’enregistrement : « Brian Eno, à côté, c’est du dance floor ». Non parce qu’heureusement, je ne partais pas de trop loin, j’ai dans ma discothèque de nombreux albums de cet autre dinosaure de la musique électronique minimaliste et j’apprécie régulièrement de me réfugier dans ces longues plages musicales réconfortantes.

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Après le passionnant documentaire sur la vie et les projets collaboratifs récents d’Eliane Radigue, « L’île re-sonante » nous a été diffusée dans une chapelle plongée dans la presque obscurité. Pièce de 55 mn, dont on ne sait pas trop quand elle commence et quand elle se termine, L’île re-sonante est une succession de « mouvements » plus ou moins étoffés, notes vibratoires solitaires ou maillage de multiples sons. A ma grande stupéfaction, je ne me suis pas endormie, malgré ma journée chargée au festival Rendez-vous du carnet de voyage. Lorsqu’on se concentre sur la musique qui nous est offerte, ce sont tous les sens qui entrent en action. Ouvrir les yeux, les fermer. Se sentir partir puis revenir en état de conscience. Entendre le moindre son parasite, de la porte qui se ferme au fond aux mouvements de notre voisin de chaise. S’interroger sur l’effet de chaque son : certains étaient d’un doux réconfort tandis que d’autres étaient incommodants. Un peu groggy, le public a repris pied avec la réalité à la fin de la pièce et au retour de la lumière.

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Elle était jolie dis donc !

C’est donc sans surprise qu’en me documentant sur Eliane Radigue, j’ai appris qu’elle s’était convertie au bouddhisme, après qu’on lui a dit que sa musique se rapprochait furieusement de la méditation. Depuis le « concert », je me suis replongée dans Brian Eno et je le trouve effectivement très rock ‘n’ roll (toutes proportions gardées bien sûr). J’aime toujours autant Eno mais j’ai vraiment envie de m’immerger de façon plus intime dans la musique d’Eliane Radigue. Dans le silence, confortablement installée, sans rien pour venir perturber le fil de ce voyage intérieur.

Pour vous donner une idée de la personnalité d’Eliane Radigue, un portrait à découvrir :

Et pour vous donner une idée de sa musique… L’île re-sonante, in extenso :

2 Commentaires

  1. jdo

    Etonnant reportage, cette mamie qui te fait la démonstration d’un dino-synthé comme si elle t’expliquait une recette de biscuits. Et quelle beauté, quelle humanité dans ces sons qui auraient pourtant tout pour être glaçants.

    Une carrière qui redonnerait foi en l’humanité et en la musique synthétique d’un seul coup (et c’est vrai qu’elle était très belle !). Pas facile de passer outre le côté repoussant et intimidant d’une musique intello-expérimentale, mais une fois qu’on a décidé de lâcher prise et de se laisser porter, il y a une grande chaleur et une puissante étonnante derrière tout ça. Merci à Musiques Démesurées d’oser aller s’aventurer sur ces terrains !

  2. Pingback: Il faut aller voir… Nans et Mouts à poil | The magic orange plastic bird said...

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