Il faut aller voir… Le marché de l’amour

Je n’ai eu que le temps de sortir de l’amphithéâtre, après la conf’ d’Axel Kahn, pour aller faire pipi m’insérer dans la déjà longue file d’attente menant à ce même amphi (ironie du sort, t’es déjà dans la place et au final t’es pénalisé), afin de voir la projection du film « Le marché de l’amour » de Philippe Rostan. Tourné il y a quatre ans, ce documentaire insolite nous plonge au cœur d’une tradition impensable dans nos sociétés occidentales. Au Vietnam, des minorités ethniques continuent de vivre selon des préceptes ancestraux. Les jeunes se marient selon des codes très précis : il ne faut pas choisir son époux dans la même ethnie et il faut que les livres sacrés valident l’union en fonction de certains paramètres comme la date de naissance. Il y a également des enlèvements qui n’ont pas l’air de traumatiser grand monde : une jeune fille peut être enlevée et séquestrée pendant trois jours par son prétendant, qui doit utiliser ce temps pour la convaincre de l’épouser. Si elle refuse à l’issue des trois jours, elle peut rentrer chez elle. Bref au final les gens se retrouvent souvent mariés à quelqu’un qu’ils n’ont pas choisi et c’est là qu’intervient cet impensable marché de l’amour. Chaque année, tous (enfin ceux qui le veulent), jeunes, vieux, moins vieux, hommes, femmes… se rendent  à la ville pour… voir leurs amants et maîtresses. Ou pour s’en trouver s’ils n’en ont pas. Le mariage est une institution sacrée qui doit unir un homme et une femme afin qu’ils fondent une famille mais dans ces ethnies, une part cruciale est accordée à l’amour. Si celui ou celle dont on partage l’existence ne nous plaît pas trop, on a le droit, et même presque le devoir, d’aller voir ailleurs. Tout est très codifié là aussi, pas question de découcher tous les quatre matins, mais les époux évoquent leurs amants et maîtresses (parfois multiples) avec un grand sourire et … une grande complicité. Il y a quand même souvent une pointe de jalousie mais elle est assumée et… partagée. L’amour libre comme lubrifiant social, si je puis me permettre, il n’y a pas de divorces dans ces familles.

philippe_rostan

Les portraits dressés dans ce documentaire sont absolument fascinants mais au-delà du caractère insolite de ces coutumes, Philippe Rostan (lui-même né au Vietnam) soulève des problématiques qui quatre ans après doivent être encore plus criantes. Ces ethnies sont bien sûr méprisées par l’ethnie majoritaire (80% de la population), des lois sont passées pour encadrer certaines pratiques comme le mariage des adolescents, et comme on pouvait s’y attendre, le tourisme et le mercantilisme se sont invités à la fête. Contre toute attente, les téléphones portables ont permis à ces gens d’entretenir des relations à distance plus soutenues avec leur amant/maîtresse et c’est plutôt attendrissant. Mais ne rêvons pas trop (pour peu que cette bizarrerie exotique soit aussi idyllique qu’on le pense vu d’ici), ces traditions sont vouées à devenir un folklore qui ferait mieux de disparaître plutôt que de devenir une attraction touristique malsaine. On atteint une fois encore les limites inextricables du tourisme et notamment de l’écotourisme : faut-il y aller ou pas ? Laisser les gens dans leurs traditions au risque de les considérer comme des bêtes de foire ou les accompagner vers de nouveaux modes de vie au risque de les voir perdre leur identité et de détruire une société où tout se passe plutôt pas mal ? En attendant de trouver une réponse, jetez-vous sur ce documentaire quand vous le verrez passer. C’est drôle, tendre, et ça bouscule un bon paquet de trucs dans nos cerveaux ô combien formatés d’occidentaux. C’est con, c’est passé en août dernier sur Arte.

En sortant de la projection, j’ai tenté une nouvelle fois de trouver mes carnettistes pour me faire dédicacer mon bouquin sur le Japon mais… personne sur le stand une fois de plus, j’ai traîné mon gros bouquin pour rien toute la journée. J’ai fait un petit tour et suis tombée sur Cabu en train de dédicacer. Il y avait peu de monde dans la file d’attente et j’aurais pu prétendre aisément à un petit gribouillage mais j’avais un peu honte de moi. Pour moi, Cabu c’est le type qui dessinait dans les émissions de Dorothée. Je sais, bien sûr, qu’il a fait plein d’autres trucs, notamment en dessin de presse et chez Charlie Hebdo mais je n’ai jamais suivi sa carrière. Si j’avais eu un peu de cran, je lui aurais demandé un dernier croquis du nez de Dorothée (qu’on se le dise).

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cabu

Jour 3

Abandon de poste ! J’ai préféré aller écouter des concerts au musée d’art Roger Quilliot et j’aurais mieux fait de m’abstenir. Je ne ferai pas de billet à ce sujet, inutile d’être méchamment critique avec mes concitoyens, je préfère m’en prendre aux réalisateurs hollywoodiens.

Pour conclure sur le Rendez-vous du carnet de voyage, je dirais qu’une fois encore j’ai été gênée par l’affluence et la difficulté à circuler parmi les stands des carnettistes. Polydome est devenu trop étroit et la frustration est grande lorsqu’on n’a pas pu s’arrêter auprès des stands qui nous intéressaient, ou qu’on a manqué un carnettiste qui n’avait pas pris le soin d’indiquer l’heure de son retour après une pause. En revanche j’apprécie toujours autant la qualité des documentaires sélectionnés, ainsi que les temps d’échange qui suivent les projections. Rendez-vous l’année prochaine !

Un petit point de vue pas dégueu en sortant de Polydome samedi après-midi :) L'oeuvre s'intitule "Les terrasses de la terre et de l'air", d'Etienne Martin.

Un petit point de vue pas dégueu en sortant de Polydome samedi après-midi :) L’oeuvre s’intitule « Les terrasses de la terre et de l’air », d’Etienne Martin.

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