Tous les médias ne sont pas Charlie

JE-SUIS-CHARLIE-LOGO

Médias, je vous aime mais aujourd’hui je vous déteste. Mais je vous aime quand même. Mais va falloir qu’on cause.

On reprochait à Charlie d’aller trop loin, d’être trop irrévérencieux, de ne pas respecter telle ou telle communauté. Mais c’était un journal papier. Avec une conférence de rédaction, ça maintenant, tout le monde l’aura bien compris, et au cours de laquelle les sujets étaient discutés, argumentés et validés, où ça s’engueulait, même. Bref, rien ne sortait qui n’avait été mesuré, pesé, assumé. Je lis ici ou là des avis de gens qui n’aimaient pas ce que le journal était devenu. Que Charlie « ne faisait plus rire depuis longtemps », que c’était devenu un journal islamophobe, sexiste et j’en passe. Je n’achetais pas Charlie, ne le lisais pas, mais je l’ai eu fait parfois dans mes jeunes années, quand j’étais belle et rebelle, notamment à l’époque des Megret à Vitrolles (j’ai un HS sur ce thème). Par curiosité j’ai scrollé leur page Facebook sur environ un an. J’ai vu des trucs très drôles, des trucs moins drôles, des relais d’articles intéressants, des mises en lumière de trolls consternants. Ça ne remplace évidemment pas une lecture régulière mais j’ai eu l’impression que les « cibles » étaient toujours les mêmes qu’avant. Politique, religion, partout où la connerie sévit, Charlie était là. Et continuera d’être là, j’espère.

En tout cas ça m’a donné envie de revenir à l’info papier. Parce que l’info télévisée et en ligne m’a passablement dégoûtée ces derniers jours.

J’ai tenté de reconstruire la chronologie des événements. MA chronologie. La vôtre aura peut-être et même sûrement été très différente, selon que vous ayez choisi de suivre la télé, la radio, la presse en ligne, les réseaux sociaux, ainsi que les moments que vous y avez consacrés.

J’ai écrit tout ce qui suit ci-dessous avant cette introduction. Je ne cesse d’y revenir, de modifier des choses, au fur et à mesure que les infos paraissent, sont démenties, disparaissent… S’informer aujourd’hui et vouloir l’information la plus objective et vérifiée possible relève du parcours du combattant. Croiser les sources, garder une info à l’esprit et surveiller les éventuels démentis et les mises à jour, pour ne pas rester sur une erreur. Est-ce à moi de faire tout ça ? C’est épuisant. Médias, je vous aime mais vous me fatiguez.

Une fusillade.

Des morts.

Dix morts.

Onze morts.

Douze morts.

Charb est mort.

Non, un RT datant d’il y a une demi-heure. Il est blessé, mais pas mort.

Si, il est mort.

Douze morts.

Wolinski, Cabu, Charb, Tignous.

Non ? Si. Mais non ? Non ?? Cabu ? Pas lui ?!

Douze. Douze moins quatre égal huit.

Qui sont-ils ?

La liste des quatre est déjà incroyable, impensable, inimaginable.

Sonnée.

Que nous réserve la liste des huit inconnus ?

Elle va mettre du temps à nous parvenir.

Je vais voir sur le site du Monde. Le live n’est qu’une succession de « nous n’avons pas confirmation de… » en réponse aux interrogations des internautes qui s’informent sur différents sites. Le Monde s’entête à refuser de livrer des infos que ses confrères balancent depuis longtemps déjà.

C’est décidé, ma source d’information principale sera lemonde.fr. Je me fous d’avoir l’information trois heures après, mais je veux une information vérifiée.

Des gens s’indignent contre la diffusion d’une vidéo. Quelle vidéo ? Je ne l’ai pas vue passer. Je me félicite intérieurement du choix des 1 048 personnes que je suis sur Twitter, puisque aucune n’a pour l’instant relayé cette fameuse vidéo dont je ne sais rien mais qui est apparemment odieuse. Mais voilà qu’arrivent des photos, des captures d’écran. Je comprends. Et finalement, la vidéo arrive. Putain de Twitter. Je ne la regarde pas. Quel intérêt ? Je connais déjà la fin. Je ne veux pas que cet instant se grave sur ma rétine mais à quoi bon ? J’ai à l’esprit, pour toujours, les bras d’Ahmed levés et le fusil pointé sur lui par un type cagoulé et je sais la fin, sans l’avoir vue. Ahmed est mort. Abattu. A bout portant. Un policier. A ce moment je ne sais pas que c’est « Ahmed ». Juste un flic à terre, blessé, bras en l’air. Est-ce que ça enlève quelque chose à l’horreur? Non mais ça va en rajouter un peu, plus tard. Ces images que certains médias ont choisi de ne pas diffuser, d’autres ont choisi d’en faire leur étendard. Ce sera même leur « une » du lendemain, les dernières secondes de vie d’Ahmed. Je n’ai toujours pas vu la vidéo en entier. Je ne la verrai jamais et j’en fais la promesse. J’en fais la promesse au frère d’Ahmed et à ses proches, qui se sont fendus d’une conférence de presse, trois jours après l’horreur. Oui car de nos jours, les proches des victimes sont dans l’obligation de faire des conférences de presse pour dire que l’être aimé était une femme ou un type bien, que les salauds qui ont fait ça sont des affreux et  que s’il-vous-plaît, pas d’amalgame en notre nom et merci de ne plus utiliser la photo de notre frère/mari/fils/père en train de mourir. Putain jusqu’où ça va.

Aujourd’hui, on se fait exécuter par un terroriste en pleine rue et il y a quelqu’un pour filmer. Pas un journaliste. Pas un policier. Quelqu’un. Un type. Je l’ai vu, à la télé. Sûrement un type bien, un type normal. Ce réflexe devenu commun, maintenant, de dégainer son smartphone dès qu’il se passe quelque chose. Ce type pouvait-il savoir qu’il allait filmer un truc abominable ? Non. Mais en fait si. En fait. C’est même pour ça qu’il a sorti son téléphone. Ce type avait-il le choix de diffuser sa vidéo au plus grand nombre ? Oui. Aucune idée de ce qu’il s’est passé mais les médias ont eu la vidéo très vite. Ça n’aurait pas dû arriver. Personne n’aurait dû voir  ça, personne.

 

On connaît la liste des victimes. Enfin presque. On sait d’abord qu’il y a quatre dessinateurs très connus et deux flics. Pour les autres, ça va être plus compliqué. Pour l’un, l’information arrive vite dans mes fils d’info car c’est un Clermontois. Michel Renaud. Malaise, j’ai pris ce type en photo le 15 novembre dernier sans même connaître son nom. Malaise, il était à Paris pour rendre à Cabu les dessins qu’il avait généreusement prêtés au festival du carnet de voyage « Il faut aller voir ». Le putain de destin. Oh et tiens, les visites se multiplient sur mon blog sur les billets que j’ai rédigés à l’occasion d’Il faut aller voir. La conf d’Axel Kahn où ce dernier est encadré par Cabu et Michel Renaud. Et un autre billet dans lequel j’ai parlé de Cabu avec des photos de sa séance de dédicace. Les internautes sont à l’affût, cherchent manifestement des infos sur ce Michel Renaud que je n’ai même pas nommé et sur la présence du grand Cabu à Clermont-Ferrand. Qui sont ces internautes ? Je n’en saurai jamais rien. Monsieur tout-le-monde ou journaliste. Trois jours après, au moment où j’écris, les visites sur ces billets ne cessent pas. J’ai un peu honte et je voudrais que ça s’arrête. Pourtant, j’ai facebooké et tweeté une photo du trio amputé de deux de ses protagonistes, ne sachant pas comment me manifester face à ces événements. Je ne sais pas dessiner, c’est tout ce que j’ai trouvé. Mais était-ce nécessaire dans tout ce raffut ? J’ai un peu honte, rétrospectivement, de tous ces likes et RT, plus nombreux qu’à l’habitude.

 

François Hollande annonce le deuil national. Balkany annonce le report de la galette.

Je crois à une info du Gorafi mais non. Balkany a vraiment annoncé sur Twitter le report de la galette de Levallois en raison du deuil national. Les twittos s’en donnent à coeur joie, les vannes fusent, je ris, je pleure, ça devient complètement nerveux. Balkany a supprimé son compte Twitter, vexé par les insultes et les blagues. Un inconnu a repris le flambeau vendredi avec un faux compte, cette histoire de galette reportée aura été l’une de mes principales soupapes de sécurité dans ce tombereau d’infos déprimantes. J’en aurais presque éprouvé de la tendresse pour Balkany. Après tout, lui n’a tué personne. Juste piqué des sous, et reporté une galette. La date annoncé c’est le 17 janvier mais quelque chose me dit qu’il y aura des invités surprises.

 

C’est à 00h42 que je prends enfin connaissance de l’identité des autres victimes. De la seule femme. Du type de la maintenance qui fut le premier. Du correcteur. Du flic chargé de la protection de Charb. D’un cinquième dessinateur, dont les dessins-hommages qui ne cessent d’affluer se fichent éperdument puisqu’on a annoncé dès le départ le nom de quatre. Seulement quatre. Les plus connus, les plus emblématiques, ceux avec lesquels chacun de nous pouvait avoir une petite histoire personnelle. Pourtant le denier message de Charlie sur les réseaux était de sa main, à Honoré. Les bons voeux du journal.

 

Reims. Son champagne et ce mercredi soir, ses immeubles HLM. J’ai allumé iTélé, que je ne regarde jamais. Une soirée ubuesque. Des colonies de types des forces spéciales devant des immeubles, des jeunes déambulant et des journalistes filmant tout ça et leurs confrères. Les flics, les badauds et les journalistes éparpillés dans un bordel sans nom. Ça, c’est pour les images. Pour ce qui est de l’info : rien. Que dalle. Sur Twitter par contre on annonce des interpellations. Cool !

En fait non.

Par contre on sait qui c’est ! Nananère !

Une photo pourrie d’avis de recherche circule.

Trois noms.

Le dénouement est proche.

En fait non.

Ils sont interpellés ou pas ?

Ou pas.

Je vais me coucher. Épuisée..

 

Jeudi matin la gueule de bois est spectaculaire. Je me suis couchée tard, la journée de la veille a été épuisante pour de multiples raisons, dont certaines personnelles, et j’espère apprendre que les trois salopards ont été chopés. Non.

Fusillade à Paris.

Deux flics à terre.

Un type en cavale, a priori pas le même que la veille.

C’est quoi ce bordel ?

Une station service braquée. Cette fois c’est nos deux types de la veille.

Deux ? Deux.

Non parce qu’en fait le troisième s’est livré de lui-même au commissariat le plus proche après que des potes du bahut l’ont prévenu de sa présence sur l’avis de recherche et de pages Facebook appelant à le trucider. T’as plutôt intérêt à demander à ce qu’ils viennent te chercher à domicile, les flics. Parce que les rageux qui ont passé leur soirée sur le web à prendre pour argent comptant toutes les conneries qu’ils ont vues passer, ils sont prêts à tuer. Oui, à tuer.

Une femme est morte. Dans la fusillade du matin. J’apprendrai samedi qu’elle a pris une balle dans le dos alors qu’elle faisait la circulation. Sa photo circule déjà. Et apparemment sa mère, habitant dans les DOM-TOM, a appris sa mort par les médias. Elle n’était même pas titulaire, Clarissa.

Après je ne sais plus. Je crois qu’il ne s’est pas passé grand-chose le jeudi après-midi. Du moins je n’ai pas eu trop le temps de suivre et ce n’est que le soir venu que j’ai pu me faire les « replay » des témoignages ratés pendant la journée. C’est pratique, les replay.

Podcast de l’interview de Patrick Pelloux sur France Inter, dont je n’ai entendu que la fin étouffée de larmes dans ma voiture le matin. Replay de Patrick Pelloux à iTélé, avec l’image cette fois et un Bruce Toussaint manifestement déboussolé, offrant de petits sourires incompréhensibles à un Pelloux liquide et lui assénant question sur question entre chaque crise de larmes. Replay de la chronique de Sophia Aram sur France Inter (avec l’image cette fois). Replay de l’interview de Jeannette Bougrab, dont je découvre (comme tout le monde apparemment) qu’elle était la compagne de Charb.

Attends.

Non.

La famille de Charb a formellement démenti cette relation à l’AFP.

Attends.

Si.

Il est précisé dans certains journaux que  la famille de l’ex-secrétaire d’Etat de Sarkozy était sous surveillance policière depuis des mois car menacée. Et qu’elle-même était sous protection, comme Charb.

Bon alors quoi ?

Elle est mytho ? Ça paraît gros.

La famille de Charb vient d’apprendre par les médias qu’il avait une vie sentimentale cachée avec une nana dont il ne partageait pas les idées ? Ça ne serait pas étonnant.

Une photo a leaké la montrant elle et lui avec une enfant. Des gens prennent sa défense à coup de #JeSuisJeannette et d’autres la traitent de pute. Choisissez votre camp. Démerdez-vous. Y a 17 morts mais on va, sérieusement, perdre notre temps à essayer de savoir si oui ou non ces deux-là couchaient ensemble ou pas.

Ah, le démenti de Jeannette Bougrab vient de tomber au moment où j’écris : elle confirme sa relation. C’est elle qui balance les photos.

A suivre, restez connectés !

Ou choisissez de vous en foutre.

 

Vendredi c’est le siège.

Le double siège pardon.

Les deux affreux sont retranchés dans une imprimerie (bien fait !) avec un otage (annoncé).

Un autre affreux, dont on ne sait pas encore si c’est le même que la veille ni s’il a un lien avec les deux sus-cités, a pris une épicerie casher et ses clients en otages.

Envie d’aller me recoucher.

Le live du monde.fr tente de gérer, je tente de suivre, un peu, mais pas tant que ça parce que j’ai des trucs à faire (the show must go on).

Je sors d’une infâme réunion pour apprendre que tout le monde est mort. Les affreux. J’ai honte de le dire mais je suis frustrée de ne pas l’avoir su en temps réel. Le bon vieux spoiler quoi. Je me suis fait le replay samedi matin, de la chronologie des événements, mais c’était pas pareil. Le live. La montée d’adrénaline pendant l’assaut. Le double assaut ! J’ai même réussi à comprendre avant qu’on nous l’explique (#TeamColombo) pourquoi le deuxième avait été lancé si près du premier. Je suis bonne pour le RAID je crois. Ou j’ai trop regardé la série NCIS, plus probable.

Des otages morts.

Quatre.

Dans l’épicerie, dégommés par le type, complice avéré des deux autres.

Il a appelé BFMTV, qui a aussi eu les deux autres au téléphone. Pendant que des troupeaux de militaires tentaient d’avoir des infos à l’extérieur. Des otages ont envoyé des SMS ou téléphoné à la police, planqués sous un évier ou dans une chambre froide.

Et BFMTV l’a répété.

A tout le monde.

Et BFMTV s’est fait engueuler.

Par la femme d’un des otages.

En direct !

Enfin en replay, je n’ai vu que le replay, moi.

BFMTV n’a pas relevé.

Pourtant elle était vénère la dame. J’aurais pas été aussi polie moi. Mes respects madame.

Ils ont aussi (les chaînes d’info et même les sites internet) parlé de l’otage de l’imprimerie. Qui n’a jamais été à proprement parler otage et que cette simple évocation dans les médias aurait pu condamner.

Il va bien, je l’ai vu témoigner en direct au journal de 20h de France 2.

Les médias au sens large se sont fait engueuler. Par les autorités, qui ont appelé à respecter le secret de l’enquête et les mouvements des forces de l’ordre. Par le CSA aussi.

Mais BFMTV s’est défendue. A vérifié les enregistrements. A expliqué avoir respecté les consignes de police.

La police n’a-t-elle pas autre chose à faire pendant ces moments, que d’expliquer à une chaîne télé que non, elle ne doit pas diffuser l’assaut en direct ? Ça ne tombe  pas sous le sens ?

La police a partiellement démenti.

Ça va chauffer dans les jours qui viennent. Sale quart d’heure pour la liberté d’informer. Hein ? Ben euh. Ah. Oui, p’têtre. Des fois ça met des vies en danger, l’info. Des fois.

 

Quand certains osent évoquer l’irresponsabilité de Charlie Hebdo dans la publication de dessins provocants… tandis que des médias même pas drôles s’amusent à mettre en péril une enquête, une intervention policière hautement sensible et surtout la vie d’otages au nom de la course à l’info. La course au scoop. Meubler. Avoir un truc à dire ou à montrer, quitte à se mettre en danger ou mettre en danger les autres.

Pendant ce temps, le live du monde.fr a cinq heures de retard sur presque tout. Et y a un type très bien qui est payé pour répondre aux rageux qui lui donnent des leçons de journalisme sur le chat en live.

 

Les affreux sont morts, donc.

Les gens commencent à parler et notamment les otages.

Y en a un qui témoigne pour dire qu’il s’est caché dans une chambre froide avec son gosse mais qu’il a dû en sortir sur ordre du terroriste.

Il dit aussi qu’il a laissé son téléphone allumé pour que la police écoute ce qui se passait  l’intérieur.

Le journal a dû retirer l’article à la demande de la famille.

Y en a un qui témoigne pour dire qu’il a caché des otages dans une chambre froide et que ceux-si y sont restés jusqu’à l’assaut final.

Ah.

Je sais plus moi.

J’apprends finalement qu’il y avait deux chambres froides.

AH !

 

Les affreux sont morts, donc.

Et la belle unanimité du hashtag #JeSuisCharlie se fissure. Dès mercredi, d’ailleurs. Des voix s’élèvent pour aller à contre-courant. Des gens qui n’aimaient pas le journal et qui ne voient pas plus loin que cet avis personnel, pitoyablement restrictif dans ce contexte de massacre innommable. Les #JeNeSuisPasCharlie se justifient à n’en plus finir alors qu’on n’a juste pas envie d’entendre leurs jérémiades au-dessus de notre peine.

Et il y a les autres.

Que j’évite.

Mais j’en ai vu quand même.

Des horreurs.

Des gens, sûrement très jeunes, qui se réjouissent. Qui applaudissent. Qui justifient cet acte de barbarie.

Une interpellation. Une seule (au moment où j’écris). Pour apologie.

Il y a ces profs qui racontent la minute de silence. A défaut de minute de silence, des heures d’horreurs proférées par des gosses dont le cerveau semble sonner aussi creux que celui des trois connards qui ont fait basculer un truc, dans nos vies et dans nos têtes.

 

Tenter de les oublier pendant la marche de dimanche.

Trouver la foule digne et respectueuse à Clermont. Les chiffres annoncent 70 000 personnes, je l’ai appris sur Twitter alors même que je défilais.

Se faire spoiler toutes les étapes du cortège et voir une demi-heure à l’avance le dépôt de gerbe, les applaudissements au commissariat ou la nacelle des pompiers customisée Charlie.

Le soir devant ma télé, France 2 m’offre de très étranges scènes de joie, les journalistes se précipitant sur les manifestants pour leur demander ce qu’il ressentent et ces derniers de répondre comme si c’était une finale de coupe du monde gagnée.

 

Et il y a ces villages rasés de la carte au Nigeria.

Et il y a cette gamine de 10 ans, bombe humaine sur un marché. Nigeria toujours.

Mais loin. Trop loin de nous. Trop loin de nos coeurs déjà trop occupés à pleurer ou à instagramer les photos de la manif locale.

 

A l’aube d’une nouvelle semaine… les informations continuent de charrier leur flot d’actualités délirantes. Sarkozy qui joue des coudes pour figurer sur la photo officielle. Des montages par dizaines qui circulent et le photoshopent dans tous les événements historiques connus. C’est drôle. Un journal orthodoxe israélien qui publie une photo photoshopée effaçant Merkel et Hidalgo au motif que ce sont des femmes. Pas drôle du tout. Heureusement que j’ai défilé, entre autres, contre ce genre de conneries. Bah oui, la presse dit des conneries, et souvent en plus. Au moins cinquante demandes d’enregistrement de la marque « Je suis Charlie » à l’INPI. Les charognards s’invitent au banquet. Charlie annoncé imprimé à 3 millions d’exemplaires alors que les anciens numéros se négocient plusieurs milliers d’euros sur eBay. Luz qui éclate de rire tandis qu’Hollande étreint Pelloux, au motif qu’un pigeon a chié sur le premier. Je n’ai pas vu concrètement la chiure de pigeon, le doute reste donc permis, même si de nombreux journaux s’en sont fait l’écho… Mais je ne l’ai pas vue… Je deviens Saint-Thomas. Un peu dommage pour une athée.

 

Je suis fatiguée. Bien fatiguée.

Ce qui s’est passé est intolérablement grave et d’une barbarie sans nom. Et les médias s’approprient le massacre, l’enquête qui en découle et l’émotion qui ressort de chacun de nous.

Après eux, les politiques.

Après eux…

11 Commentaires

  1. Cécile

    C’est le premier article que je lis sur ce sujet qui soit à la fois aussi précis dans les faits, aussi juste et honnête et dépourvu de tout clivage (enfin!). Ça fait un bien fou.

    • @Cécile : merci. Oui le but n’était pas de m’enliser dans des débats politiques et idéologiques, il y en a bien assez qui le font à ma place ! D’ailleurs je ne sais pas comment ils font pour embrayer aussi vite dans l’agressivité. Je suis encore KO, pour ma part, et avec aucune envie d’en découdre avec qui que ce soit.

  2. Marie

    J’ai l’impression d’être passée par toutes les émotions depuis mercredi dernier. Beaucoup de tristesse bien sur face à ce premier évènement, la mort de ces gens qui n’ont fait que dessiner, l’attaque de nos libertés. J’ai été gênée aussi, gênée d’être tellement triste de ce qu’il se passe en France alors que chaque jours, dans le monde, des milliers d’enfants, de femmes et d’hommes sont tués. J’ai été en colère, contre ces médias qui ont montré des choses qu’ils n’auraient pas dû montrer, qui ont mal informé, et qui ont finalement presque bafoué la liberté de la presse pour laquelle d’autre sont morts. A tel point qu’ils m’ont donné envie de me couper du monde et de vivre dans ma bulle pour quelques heures, jusqu’à dimanche, où j’ai été fière et émue de voir cette France unie et de marcher, en même temps que ces millions d’autres Français, pour la liberté, pour nos valeurs et contre le barbarisme et les extrémismes.

    Merci pour cet article, j’ai tout lu, et c’était bien.

    • @Marie : merci. Comme tu le dis, beaucoup de contradictions entre le message d’exemplarité et d’indépendance de la presse et ce que les médias nous ont servi.
      Quant à la marche, oui c’était chouette mais toujours grâce à nos amis de la presse, il me semble qu’on s’est plus intéressé à la forme (historique ! des millions ! du jamais vu !) qu’au fond et aux vraies raisons, parfois bien différentes selon les cas, qui nous ont poussés sur le pavé.

  3. gidehault

    « On s’en branle de ta galette fourre toi là au cul et garde en pour le gros cul a ta rombière ». Souvenirs de larmes de rire salvatrices au milieu d’une journée où l’on était dévastés. Je m’en remets toujours pas (et de la journée, et des tweets galettophobes).

    Sinon, belle retranscription « pour l’histoire ». On est beaucoup je pense à se reconnaitre dans ce malaise grandissant, et ce mélange d’épuisement et de prise de conscience de l’importance de la presse. Celle qui refuse le sensationnalisme et qui nous permet de réfléchir. Merci !

    • @Gidehault : Non mais cette réponse :’D Tellement de spontanéité en 140 caractères ! Oui faut garder ça précieusement. Pour les livres scolaires, plus tard.
      Malheureusement je suis assez pessimiste pour cette presse « qui prend le temps ». Aujourd’hui on fait des « tops », on met en haut de l’article le temps de lecture approximatif et quand on fait un « vrai » papier, au moment de sa parution il est déjà obsolète. Soit que tout le monde a déjà donné son avis. Soit que l’info est déjà passée à autre chose. Et puis avec toutes ces vidéos de chatons à consulter… franchement qui a encore le temps ? ;)

  4. carlos

    Dis donc, Miss, ça faisait longtemps que tu ne nous avais pas gratifié d’une page aussi forte… et je cherche mes mots.
    J’ai trouvé ton texte frappant, très touchant, complet et plutôt objectif (ce qui est plutôt rare en ce moment).
    A la mesure de l’émotion ressentie j’imagine.

    Je ne vais pas revenir sur la tragédie en elle-même, n’ayant rien de plus à apporter à tout ce qui a été dit/écrit/crié/lu ou dessiné…
    Mais indéniablement, on serait bien inspiré, une fois le calme revenu, de s’interroger sur le rôle actif que les médias ont eu lors de ces épouvantables journées.
    De BFM TV qui signale à la France entière ou se cachent certains otages, aux types de RTL qui appellent directement l’épicerie casher PENDANT la prise d’otage (Nan mais je rêve ?!?) – Sources RTL : « La rédaction de RTL a pu entrer en liaison téléphonique avec l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, vendredi 9 janvier. Le téléphone mal raccroché nous a permis de saisir une conversation entre […] et ses otages… »

    Il s’avère que j’étais en congés la semaine dernière et que j’ai donc pu passer une partie de la journée de vendredi à suivre les évènements en direct à la télé, et je les ai vu se faire ch.. à tenir le crachoir non-stop de 11h à plus de 20h, en essayant de meubler comme ils pouvaient, en recherchant le scoop pour appâter le chaland, bref à sombrer dans une surinformation difficilement compatible avec leur devoir d’indépendance.

    Evidemment je suis allé à la marche républicaine d’Annecy dimanche.
    20/25000 personnes selon les médias. Beaucoup plus que pour la coupe du monde selon moi.

    Fatigué++
    (mais content de rediscuter avec toi)

    Carlos

    • @carlos : tout d’abord, un grand merci d’être encore là, à me suivre « de loin » (on est en 2015… j’ai commencé « ailleurs » en 2006… ça nous rajeunit pas ;)). Je prends conscience avec ton commentaire que j’apprécie cet exercice et que, en effet, ça faisait bien longtemps que je n’y avais pas mis les mains. Je vais tenter à l’avenir de faire plus de billets d’humeur de ce genre (pas aussi longs par contre, hein…), ne serait-ce que pour le plaisir de te lire en commentaires ;)
      Pour les médias… malheureusement entre le désintérêt grandissant et les modèles économiques difficiles à tenir, comme je le disais en commentaire plus haut je ne suis pas optimiste du tout. L’info « de fond » sera bientôt réservée à une élite tandis que les autres s’abreuveront de sensationnel, de people, de rumeurs et de prêt à penser sur les réseaux sociaux et autres « fast médias ».

  5. lili france

    Je vais noter cette dernière phrase dans mon carnet de citations . Tous les médias ou presque souhaitant être « fast », où pourra-t-on trouver l’info  » de fond » objective ?

  6. Perfect ! Très belle phrase :)

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