Mr Gwyn

gwyn

Le problème avec les romans étrangers, c’est que parfois ils nous arrivent un peu tard. Ce roman d’Alessandro Baricco, l’un de mes auteurs préférés, a été traduit (par Lise Caillat) et édité chez Gallimard en 2014 alors qu’il m’indique qu’il est sorti en 2011 en Italie. C’est pas sympa. Alors que d’autres merdes interplanétaires sont traduites en quelques semaines pour des exigences promotionnelles et commerciales. Bref. En m’excitant sur ce sujet, je suis un peu dans le thème de ce Mr Gwyn.

Jasper Gwyn, après une carrière d’accordeur de pianos, s’est retrouvé propulsé écrivain de best-sellers, grâce à son talent évidemment, mais aussi à une rencontre opportune avec un agent, Tom, dont l’amitié lui sera précieuse jusqu’au bout. Mais Jasper, également chroniqueur occasionnel au Guardian, se lasse de l’écriture et décide de tout plaquer. Il l’annonce dans le journal. Tout le monde prend ça pour une provocation, surtout Tom, et attend qu’il revienne avec un nouveau roman. Ça n’arrivera pas. Enfin pas tout à fait, parce qu’il ne peut pas se passer d’écrire (étonnant !). Jasper a d’autres projets, il veut faire des portraits. Uniques. A usage unique. Un pacte secret entre le modèle et son auteur. Pour cela il s’offre les services d’une jeune femme, Rebecca, qui sera son premier modèle et deviendra sa fidèle et amoureuse (platonique) assistante. La méthode est inédite, le modèle doit venir chaque jour à heure fixe pendant plus de 30 jours, se déshabiller et faire ce que bon lui semble dans un atelier aménagé spécialement avec de la musique et des éclairages sur mesure. Jasper se débrouille pour en tirer quelque chose. Quelque chose d’écrit bien entendu. Les résultats sont au-delà de ses attentes, ses modèles sont enchantés. Jusqu’au jour où l’un des modèles va attirer Jasper au-delà des limites que son métier d’écrivain-portraitiste lui permet, le contraignant à la fuite.

Alessandro Baricco nous emmène dans un voyage très intime au cœur de la création artistique, aux sources de cette alchimie qui se créée entre l’artiste et le public. Cette relation est ici ramenée à sa plus simple expression, entre un auteur et son lecteur, qui est également la source d’inspiration. Toucher les gens en leur offrant des images, des émotions, comme si l’auteur voyait clair en nous depuis le début, s’adressait à nous et nous seuls, voilà ce qui fait l’essence de nos ouvrages préférés. Et Baricco, comme à son habitude mais dans un style peut-être un peu trop classique à mon goût par rapport à ce à quoi il m’a habituée, brode cette fable avec toute la poésie et la délicatesse dont il est capable. Cet atelier féerique, aux ampoules fabriquées sur mesure, devient la métaphore de cette parenthèse, cette bulle de concentration que tout artiste doit, je pense, rechercher pour atteindre l’inspiration et l’élan créatif indispensable à la création d’une oeuvre de qualité.

La fin du roman est absolument magnifique, une trouvaille romanesque et poétique à la hauteur du message qu’Alessandro Baricco nous délivre.

“- Jasper Gwyn disait que chacun de nous est la page d’un livre, mais d’un livre que personne n’a jamais écrit et que nous cherchons en vain dans les rayonnages de notre esprit. Il m’a dit que ce qu’il essayait de faire était d’écrire ce livre pour les gens qui venaient le voir. Il fallait réunir les bonnes pages. Il était sûr d’y arriver.

Les yeux du petit vieux sourirent.

Un commentaire

  1. Pingback: Speedbooking à L’Armoire à Cuillères | The magic orange plastic bird said...

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