Ces femmes qui ont réveillé la France

Il y a quelques semaines, j’ai eu la chance de pouvoir écouter une conférence de Jean-Louis Debré, venu présenter son ouvrage à Clermont dans l’amphithéâtre de la faculté de droit. C’est un recueil qu’il a co-écrit avec Valérie Bochenek (qui n’était pas là). Drôle d’association entre le président du Conseil constitutionnel, ex-ministre de l’Intérieur, ex-président de l’Assemblée Nationale, et une auteure, mime, créatrice de bijoux… Bon ! Mais pourquoi pas !

De cette association est né un livre qui recense des figures majeures du féminisme en France, en général les « premières » à avoir fait ceci ou cela.

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J’ai beaucoup apprécié la conférence de Jean-Louis Debré, qui était drôle, rythmée, enlevée et émaillée, évidemment, de blagounettes à tendances misogynes. J’avoue que j’avais un souvenir plutôt désagréable du bonhomme et de son passage au sommet de l’État, j’ai été agréablement surprise. Évidemment il n’a pas passé en revue la totalité des femmes (plus d’une vingtaine) présentées dans le bouquin, mais il a choisi des histoires qui m’ont donné très envie d’aller plus loin… et d’acheter le livre. Excellent VRP ce Debré ! Je me suis donc fait offrir à Noël Ces femmes qui ont réveillé la France, et l’ai parcouru avec avidité, émerveillement mais aussi consternation.

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Pour chacune des héroïnes de ce livre, les auteurs nous proposent un portrait plus ou moins long de leur enfance, leur milieu social, avant de rentrer dans le vif du sujet, à savoir leurs revendications et toutes les étapes invraisemblables qu’elles ont dû franchir pour arriver à leurs fins. Certaines histoires sont exceptionnellement riches (George Sand, Colette, Louise Michel, Marie Curie… et j’en passe des moins connues) et ce livre présente l’intérêt de proposer une bibliographie à la fin de chaque chapitre, pour celles et ceux qui voudraient creuser, et on les comprend, certaines histoires plus que d’autres. Le livre propose un traitement chronologique de ces portraits, avec notamment une frise récapitulative à la fin qui permet de voir qui était contemporaine de qui.

Sur le fond… et bien s’il y a bien un point commun entre toutes ces femmes, c’est l’opiniâtreté avec laquelle elle ont combattu pour obtenir ce qu’elles voulaient, opiniâtreté qui n’a d’égale que celle des bonshommes (et parfois des bonnes femmes) qui ne voulaient pas d’elles et de leurs revendications, et qui usaient d’arguments tous plus répugnants les uns que les autres. On a beau se dire qu’aujourd’hui il reste un paquet de trucs à régler sur la question des inégalités, il n’en reste pas moins que les avancées ont été… impressionnantes. On partait de loin. De zéro. Du négatif, même. Et ce qui agace, finalement, c’est de voir ce que ces droits chèrement acquis sont devenus pour certaines. Passer le bac, faire des études, travailler, avoir la maîtrise de son propre argent, de voter, d’être élue, avoir le droit d’avoir une vie sexuelle avec qui on veut, d’avorter… tout ce qui nous paraît normal (banal ? inintéressant ?) aujourd’hui a été arraché au prix de longues années de combat. Non, ça ne coule pas de source. Oui, si on n’y prend pas garde, un retour en arrière est possible, il suffit de lorgner du côté de certains partis politiques qui prennent une importance dramatiquement alarmante dans ce pays qui a vu tant de combattantes pour les droits élémentaires des femmes.

Julie-Victoire Daubié, première bachelière, Madeleine Brès, première femme médecin, Marie Curie, première femme prix Nobel… toutes ces femmes présentent une intelligence hors du commun, intelligence à laquelle elle ont dû ajouter la combativité et le courage. Le mépris et les outrages des hommes auxquels elles ont dû faire face ont heureusement trouvé leur contrepoids dans d’autres hommes, mieux avisés, progressistes, intelligents, beaux et sexy grâce à qui elles ont pu arriver à leurs fins. Il faut le dire, sans l’aide de certains mâles, on serait encore en train de ramer. C’est ce que j’ai aimé dans ces histoires, le féminisme n’y est pas présenté comme le fait de femmes mangeuses d’hommes hystériques, mais comme un idéal de société qui se construit dans le respect de chacun et dans l’égalité des droits, ensemble.  

Se souvenir de ces femmes, de leur courage, des camouflets qu’elles ont essuyés, de leurs victoires, de leur héritage précieux, savourer chaque jour ces libertés si naturelles mais si chèrement acquises, et rester vigilants, toutes et tous, pour que leur combat n’ait pas été vain, pour que progressent encore, car il y a toujours du boulot, l’égalité et le respect de tous.

Assurément un livre de référence, à garder dans un coin, pour les informations pratiques et précieuses qu’il recèle, et pour y puiser des forces.

Juste pour l’ambiance, voici le fond de la pensée du Docteur Henri Montanier, dans la Gazette des hôpitaux en 1868 :

« Pour faire une femme médecin, il faut lui faire perdre la sensibilité, la timidité, la pudeur, l’endurcir par la vue des choses les plus horribles et les plus effrayantes. Lorsque la femme en serait arrivée là, je me le demande, que resterait-il de la femme ? Un être qui ne serait plus ni une jeune fille, ni une femme, ni une épouse, ni une mère. »

Plus tard en 1875 dans le Journal de la médecine (auteur non mentionné), c’est la surenchère ! Gros gros niveau !

« La femme ne peut prétendre à parcourir sérieusement la carrière médicale […] qu’à la condition de cesser d’être une femme. De par les lois psychologiques, la femme médecin […] est un être douteux, hermaphrodite ou sans sexe, en tout cas un monstre. »

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