Les précieuses ridicules // La Cour des trois coquins à Clermont-Ferrand

precieuses

Ce n’est pas si souvent qu’on a l’occasion de voir une pièce de Molière jouée dans le coin (ou alors je ne fréquente pas les bonnes salles), alors lorsque j’ai vu que la compagnie Écart Théâtre proposait Les précieuses ridicules à la Cour des trois coquins, je m’y suis précipitée car comme Cathos et Magdelon, j’aime les belles lettres et les artistes pleins d’esprit.

J’ai tenu à lire (et non relire, car il me semble que c’est une pièce que je n’ai jamais étudiée durant ma scolarité) j’ai tenu à lire, disai-je, le texte avant de voir la pièce car soyons honnêtes, les tournures de phrases et le vocabulaire de l’époque demandent un petit temps d’adaptation. J’ai bien eu raison, ça m’a permis profiter pleinement du jeu, excellent, des comédiens et de certaines répliques particulièrement savoureuses une fois mises en scène.

La mise en scène justement, parlons-en ! Pascale Siméon et Anne Gaydier ont choisi un décor rock ‘n’ roll, avec des personnages tendance punk-baroque aux costumes et attitudes tout à fait judicieux. Splendides, même, les costumes, vraiment. Cathos et Magdelon étaient magnifiques, trop même, ça manquait un peu de ridicule finalement. Bref.

Les précieuses ridicules, ce sont elles justement. Deux filles de province qui s’emmerdent ferme et rêvent de fréquenter le beau monde, les hommes galants qui savent les rimes et déclamer leur amour avec passion et finesse d’esprit. Tout ça, elle l’ont lu dans la littérature, à défaut de le vivre en vrai. Elles aiment les belles choses, et utiliser des tournures de phrases tarabiscotées, des images compliquées pour désigner des choses simples, bref, elles sont persuadées que tous ces artifices les rendent plus séduisantes, plus intelligentes, et sont le gage, de la part d’un homme, de sa fréquentabilité. Cathos et Magdelon refusent de se marier, elles préfèrent s’amuser, au grand désarroi du père de Cathos qui en a marre de les avoir sur les bras (elles coûtent cher, les coquettes). Deux prétendants se font éconduire car pas au goût des demoiselles, alors ils fomentent une vengeance. Ils envoient leurs laquais se faire passer pour des marquis, qui séduisent les belles en chantant faux et en déclamant des vers ridicules. Une fois la farce bien établie, les éconduits révèlent la supercherie, renvoient leurs laquais à poil, répudient les deux gamines, le père est effondré de honte, et c’est la lose pour tout le monde.

Bon ben bien sûr, tout ça reste très moderne évidemment… la mode, être premier sur les tendances, le culte des apparences, le désir d’être reconnu, l’envie d’être courtisé, de se rendre indispensable, le centre de toutes les attentions… si c’est pas un résumé “parfait” du monde merveilleux des blogueuses lifestyle, je m’y connais pas ! Parfait ! (tout est toujours putain de parfait, t’as remarqué ?). Bon de toute façon, combien seront arrivées jusqu’à ces lignes, hein ? Je peux bitcher tranquille. Les blogueuses ridicules. Ahah ! Hem. Non mais plus sérieusement, on n’a pas bien avancé à ce niveau-là depuis Molière, et ça va pas en s’arrangeant. Parce que Cathos et Magdelon, on dira ce qu’on voudra, mais elles lisaient des bouquins et des poèmes, elles. Alors que les blo… euh, hem, alors que la lecture, chez les jeunes générations, c’est moyen moins, pas vrai ? Hem.

Et alors finalement, je les ai pas trouvées si ridicules que ça, ces précieuses. Parce que bon, le vieux barbon qui veut les marier, les deux crevards qui veulent les épouser… elles les envoient chier et ça, c’est plutôt cool. C’est très punk même. No future. Bon évidemment elles se plantent un peu en chemin mais l’intention est bonne, vouloir s’amuser et profiter de la vie plutôt que de s’embourber dans le mariage, elles sont pas si greluches Cathos et Magdelon !

Il paraît que de jeunes spectateurs clermontois ont été choqués par la pièce, et que leur lycée a annulé les représentations suivantes suite à leur plainte. Ça veut donc dire qu’aujourd’hui, des profs de français qui sévissent dans certains établissements sont des Gorgibus (le père des précieuses) en puissance, envoyant valdinguer romans et textes pseudo-subversifs pour soi-disant protéger les jeunes esprits qu’ils ont la charge de former. Triste France ! Une Filllonade avant l’heure. J’aurais pu attendre, fallait pas tant se presser. En attendant, qu’ils retournent à leurs études, ces laquais de l’éducation.

Un dernier mot, à nouveau, sur la mise en scène, excellente, et les comédiens, excellents également. Une pièce réjouissante, qui rappelle qu’il faudrait toujours reprendre une petite dose de Molière, de temps en temps, pour se remettre les idées en place.

“Les gens de qualité savent tout sans avoir jamais rien appris” (Mascarille)

4 Commentaires

  1. Cécile

    Je suis sidérée d’apprendre que la pièce a été boycottée par des enseignants et à la demande des élèves ! C’est vraiment désolant… Mais qu’est ce qui a choqué ?? Molière a encore de beaux jours devant lui on dirait…

  2. éva

    Pour être exacte, la pièce a été boycottée à la demande des accompagnateurs et enseignants. Les élèves eux ont apprécié la pièce et je ne suis pas sûre qu’ils aient été choqués comme ont pu l’être leurs ainés ( par une scène dans laquelle les précieuses et les valets fricotent )

  3. Cécile

    Merci Éva pour ces précisions :-)

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