Colonie

colonie

Il y a bien longtemps, un lecteur de ce blog (enfin du précédent, qui se reconnaîtra sûrement), m’avait recommandé la lecture des romans de Frédérique Clémençon. Ce n’est pas le roman qui m’avait été recommandé mais un autre que j’ai lu, tout simplement parce qu’il m’est tombé dans les mains par hasard. Je ne manquerai pas de lire « Une saleté » quand l’occasion se présentera.

Léonce est déjà un homme âgé. Physiquement diminué, au crépuscule de sa vie, il vivote dans sa vieille maison perdue le long d’une nationale dans le Limousin et qui prend l’eau. Il veille sur sa mère, sa « vieille noix », déjà presque partie, en sursis. Cette mère tombée il y a longtemps déjà dans les filets d’Antoine, son père. Une époque lointaine, tellement lointaine que c’était le temps des colonies, du moins la fin, ça commençait à sentir le roussi pour les Français mais certains y croyaient encore, en rêvaient encore, de ces pays exotiques que la littérature avait rendus excitants, chatoyants, palpitants. Alors Antoine a planté femme, enfant et beaux-parents pour tenter l’aventure. Voilà. Une aventure ratée, une vie d’enfant démolie, une vie de femme remisée dans ses plus belles années, la vie, rien de plus.

Frédérique Clémençon déroule cette vie de désillusions avec une précision quasi chirurgicale, un sens du détail et du complément circonstanciel qui nous fait prendre conscience à quel point des vies si vides peuvent être autant remplies de sensations impalpables. Des émotions, des intuitions, des désirs inassouvis, des espoirs déçus, de personnes qui n’ont pas su se parler, qui ont cru l’herbe plus verte ailleurs, qui ont trop attendu et qui n’ont pas su saisir ou retenir le bonheur qui leur tendait la main.

Les chapitres alternent entre la rencontre des parents de Léonce dans ce bled de Haute-Vienne ou de Corrèze, la vie en Afrique du père une fois parti, et le temps présent, celui du néant et de l’attente de la mort. Les colonies. Ces écœurantes colonies où la bonne bourgeoisie allait conquérir l’homme noir, piller ses sols, violer ses femmes, portée par un étrange mélange de prétention et de dépit.

Un roman poignant, multi-sensoriel, une fresque familiale écrite avec un style souple et élégant malgré des phrases interminables, une distanciation descriptive qui fait sortir de l’ombre les émotions qu’on aurait pu croire bien camouflées dans le décor.

“[…] encore la neige ne tombe-t-elle presque plus dans cette région, une couche de trois ou quatre centimètres en hiver et quelquefois au printemps, histoire de blanchir les collines pendant une ou deux semaines, de raviver les souvenirs des plus âgés, des souvenirs d’enfants qui tombent de leur bouches édentées comme des perles, courses de luge, batailles de boules de neige sur la place de l’église, dans la cour de l’école communale, dans les champs, les jardins, promenades buissonnières le long de la rivière, en bordure de la forêt où on n’osait pénétrer de peur de s’y égarer, une couche de rien du tout qui fond au premiers rayons de soleil […]”

Je ne sais pas quel est le sens de cette chanson de Raphaël (oui, déso, j’ai eu ma période raphaelite, j’assume), s’il parle des colonies de vacances ou quoi, mais je l’ai eu dans la tête toute de suite et il se trouve que les paroles vont très bien à Léonce. Alors musique !

4 Commentaires

  1. Bon, à mon tour de mettre ce livre sur ma liste « à lire… »
    Je n’ose plus depuis longtemps cliquer sur ton lien « Une page te garde » par risque de finir en prison! ;-)

  2. romain

    tu vois que c’était un bon conseil :)

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