Le contraire de un

deluca23

Pour patienter dans les files d’attente du festival du court-métrage, rien de tel qu’un bon bouquin. Je ne suis d’ailleurs pas la seule à apprécier cette habitude, j’ai eu le plaisir de vivre une petite expérience réjouissante à ce sujet. Alors que les spectateurs très en avance étaient stockés dans la grande antichambre du Petit Vélo, je me suis posée dans un coin pour lire mes nouvelles d’Erri De Luca. Très vite, une autre spectatrice est venue s’installer juste à côté de moi et a ouvert un énorme pavé. Une dame est arrivée et face à nous, a également ouvert un gros livre. Enfin, le monsieur à ma droite a fini par lui aussi extirper un poche de ses affaires. Nous étions ainsi quatre, quasiment en rond, à bouquiner en attendant notre séance. J’ai levé le nez plusieurs fois et non, ça ne bouquinait pas ailleurs, et il y avait encore pas mal de place dans cette grande salle. Cet instinct grégaire des lecteurs est surprenant. Volonté de communion dans l’acte de lecture ou simple stratégie pour se placer à un endroit où on ne sera pas trop dérangé ? Peu importe, c’était drôle. Et tellement en accord avec le titre de ce recueil.

Oui, venons-en à ces nouvelles d’Erri De Luca, car il s’agit de nouvelles et non d’un roman, comme j’en ai déjà lu plusieurs de cet auteur. Pourquoi “le contraire de un” ? Cette expression employée dans l’une des nouvelles résume bien l’esprit de ces tranches de vie. On n’est jamais seul. Ou presque. Dans chacune de ces nouvelles, l’homme (le narrateur) trouve toujours quelqu’un à ses côtés pour faire face aux événements de la vie. Manifestation politique, maladie, escalade ou simple randonnée en montagne, amour furtif perdu lors d’une embuscade, prêtre, ouvriers, camarades de beuverie…l’histoire prend toujours une dimension d’une ampleur différente lorsque les seconds rôles sont à la hauteur du récit et de ses émotions.

Je ne suis pas une grande amatrice de nouvelles mais pour patienter c’était ce qu’il fallait, des textes courts sans intrigue complexe. Je n’ai pas été sensible à toutes les histoires égrainées dans ce recueil mais j’ai retrouvé avec bonheur la plume, la sensibilité, la poésie d’Erri De Luca. La puissance des événements, qu’ils soient politiques ou personnels, est enrobée d’une infinie douceur. C’est lorsqu’Erri De Luca évoque la nature, sa puissance, et l’humilité dont il faut faire preuve devant elle, que je le préfère. Ses engagements politiques me touchent moins sauf… quand un passage soulève mon cœur tant il semble avoir été écrit le jour où l’actualité internationale s’enflamme.

“Le degré de rupture à l’intérieur de l’ordre social d’alors ne se mesurait pas à des personnes prêtes à partir pour le front, mais à des citoyens comme elle qui se mettaient à saboter des pouvoirs dans les endroits les plus étranges et les plus difficiles. Le degré de fièvre de cette Italie n’était pas donné par les surexcités, mais par le pouls des doux, des pacifiques qui collaboraient aux révoltes. Quand ce sont les pensionnaires qui vont à l’aventure, un pays est proche de l’incandescence”.

Je suis arrivée à ce paragraphe le jour de l’arrêté de Trump interdisant l’entrée sur le territoire américain à toutes sortes de nationalités, et où les gens partaient manifester en masse et spontanément dans les aéroports pour s’élever contre cette décision aux conséquences dramatiques.

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