Miniaturiste

téléchargementJ’apprends que ce roman de Jessie Burton s’est écoulé à plus d’un million d’exemplaires dans le monde. Qu’il a été l’objet d’une bataille entre éditeurs. Je ne comprends pas. Et je me suis rappelée Musso, Lévy et tutti quanti. Pour vendre du livre, aujourd’hui, il faut composer un plat vite préparé, avec des ingrédients qui plaisent à tout le monde, facile à mâcher même si ça te plombe l’estomac ensuite. Mais avec la touche vintage qui va bien, le petit truc en plus qui fait style c’est de la qualitay, style y a du boulot, hein, on se fout pas de votre gueule. Si. Un peu, si.

(attention, ça va être truffé de spoilers, venez pas vous plaindre à la fin)

🎶 PLING PLING PLING PLING OUIN OUIN OUIN OUIN 🎶 *insérer ici une musique mièvre à base d’accords de piano plaqués et de chuintements de violons mal assurés*

Nous sommes en 1686. Petronella, à peine sortie de l’enfance, est naïve, pleine d’espoirs en l’amour conjugal 🎶 PLING PLING PLING Sa mère, veuve, désespérée et criblée de dettes, la marie à Johannes, 39 ans, un riche marchand d’Amsterdam OUIN OUIN OUIN OUIN 🎶 Accueillie par une belle-sœur acariâtre, Marin, dans sa nouvelle demeure, Petronella se morfond dans sa cage dorée 🎶 PLING PLONG PLONG Johannes la néglige, l’ignore, ne la traite pas en épouse ( → ne la culbute pas, pour parler clairement) mais lui offre une maison de poupées OUIN OUIN OUIIIIN 🎶 Petronella fait la gueule mais finalement, décide de jouer quand même avec ce cadeau 🎶 OUON OUON OUOOON (violoncelle dramatique) jusqu’à ce qu’un mystérieux artisan miniaturiste lui envoie des figurines prophétiques annonçant un shitstorm de feu pour les quatre mois à venir PLONG PLOOOOONG 🎶

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Notez que bien entendu les droits de ce roman ont été négociés et qu’on devrait un jour voir une adaptation à la télé. J’ai pas hâte. Comme pour Musso, tout semble d’ailleurs avoir été écrit dans la perspective d’un scénario. Pitoyable.

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⬆️ Cette photo est tellement géniale dans sa composition, merci « Hélène et les garçons » pour cette prophétie <3

Pendant presque la moitié du bouquin, on se fait chier à mort, largement plus que Petronella Oortman, c’est dire. Portes qui claquent, chuchotements mystérieux, parfums d’épices exotiques, belle-sœur constamment énervée sans qu’on sache pourquoi, mari taiseux (mais beau, hein, sexy en diable), domestiques curieux comme des trous de serrure… On se demande quand l’intrigue va enfin démarrer, si toutefois il y en a une. On se doute un peu que oui, car avec cette histoire de cabinet représentant la maisonnée, destiné à accueillir des miniatures, et avec le titre du roman, on piaffe, tu penses bien. Bon et là, paf ! On prend tout dans la gueule ! Johannes cache un gros secret (attention spoiler), il préfère les hommes ! Haaaan ! Et dans le Amsterdam archi puritain de 1686, c’est moyennement bien vu, c’est même puni de mort. Bref, Petronella découvre la supercherie (scène à s’étouffer de rire dans sa description, soit dit en passant) et c’est le drame ! Elle se retrouve, à 18 ans, en 1686, à défendre les gays, les féministes (sa belle-sœur tout le temps énervée qui en veut à tout le monde tu sais, comme  toutes les féministes (non ?)), les mères célibataires (ouais, je t’en foutrais moi, des féministes énervées… pas énervées pour tout, HEIN !), les droits des animaux (ce chien ne méritait pas de mourir, merde !), les minorités ethniques (Otto le domestique venu des îles que toute la bourgeoisie locale déteste), les classes populaires (Cornelia la bonne est vraiment trop sympa, et orpheline, avec ça)… euh, il manque quoi là ? Les sans-gluten ? Les veggies ? Sérieux, merde ! On est en 1686 ! Quand je lis en 4e de couv’ que ce roman “dessine le portrait d’une femme résolument moderne”, on se fout de notre gueule non ? Car on est bien d’accord, il ne s’agit aucunement d’un récit biographique. Tout est parti d’une vraie maison miniature ayant appartenu à une certaine Petronella Oortman, conservée au Rijksmuseum d’Amsterdam, mais pour le reste… même avec les ridicules annexes à la fin, sur le mode de vie d’Amsterdam au XVIIe, pour nous prouver que l’auteure a bossé son sujet, c’est une intrigue cousue de mauvais fil blanc pour séduire le public du XXIe siècle avide des combats de sa propre époque.

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Entendons-nous bien, je n’ai rien contre les romans qui font de leur sujet principal ces combats de société, bien au contraire. Quoique… Marin la féministe vénère et méchante qui devient gentille et bienveillante à partir du jour où elle attend un gosse… comment dire… C’est non. Bref. Ce qui me gêne, c’est la transposition à une époque où, sans être historienne, je pense que ça n’intéressait pas grand-monde. L’auteure a sûrement fait beaucoup de recherches pour ne pas raconter de conneries sur les détails du quotidien, mais pour ce qui est de la psychologie des personnages et des mentalités de l’époque… j’ai de sacrés doutes. En tout cas, ça sonne carrément faux.

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Bon et alors “miniaturiste”, dans tout ça ? Gros gros foutage de gueule. Le WTF de platine. OK, partir d’un objet réel était une bonne idée, je l’admets. Imaginer l’histoire des femmes et des hommes qui ont conçu et utilisé un objet insolite il y a plusieurs siècles de ça est une très bonne idée de point de départ d’un roman. Encore eût-il fallu en faire quelque chose de crédible. Cette fameuse maison miniature devient l’ingrédient “fantastique”, “science-fictionnel” de ce roman, qui est déjà suffisamment WTF comme ça. Un.e artisan semble formuler des prophéties avec ses objets miniatures mais… Petronella n’y comprend rien (seulement a posteriori, c’est vachement utile) et à la fin, il n’y a aucun dénouement, aucune explication, aucune rencontre, on reste comme deux ronds de flan avec cet ingrédient “surnaturel” du roman. Super, merci. Quand on sait pas comment se dépatouiller d’un élément d’un roman, on évite de l’intégrer dès le départ, hein, ça vaut mieux.

Passons à l’écriture… Bon alors maintenant, j’ai de plus en plus de mal à lire des trucs mal écrits, j’ai l’impression de perdre mon temps. J’ai fait une erreur de précipitation : j’ai acheté ce roman en poche et en français. J’aurai dû y réfléchir à deux fois et le commander en anglais, sa langue d’origine. (Bon, avec le recul, je me dis que j’aurais sûrement dépensé 2 à 3 fois le prix du poche et que je l’aurais amèrement regretté). Parce que je ne sais pas si c’est mal écrit de base, ou juste mal traduit, ou les deux, mais j’ai souffert des globes oculaires. Je peux encaisser une écriture plate, sans style, sur des romans de type polar, à condition que l’intrigue soit bien ficelée, mais sinon… quel enfer ! La première moitié du roman, celle où il ne se passe rien, est une véritable punition !

Nella baisse les yeux devant les gens qui circulent dans l’église et, soudain, son cœur envoie une chaude giclée de sang dans son ventre”. (l’anatomie du XVIe… on n’avait pas encore trop gratté à l’intérieur hein (je parierais que le terme était “chest” au départ))

Entendre Cornelia partager un secret avec elle procure à Nella un sentiment qu’une carapace s’est fendue, qu’un peu de chaleur s’échappe. Jusqu’au chou qui luit comme une planète verte à la lumière des flammes du four”. (façon nature morte, clair-obscur, tout ça)

Je ne veux pas de paix, Cornelia. Je préférerais avoir un mari.” (signé : “la femme résolument moderne”)

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Bon. Voilà. J’ai beau lire les innombrables critiques positives sur ce truc, je n’arrive pas à m’y faire, à comprendre. Si vous l’avez lu, n’hésitez pas à m’insulter en commentaire tout en m’exposant vos arguments.

8 Commentaires

  1. Kateginger63

    Hey!
    Ben oui c est exactement le commentaire que j aurais ecrit.
    Mievre, d une lenteur…, le genre fantastique mais pas adapté, des personnages trop typés et peu nuancés.
    Bien résumé ma foi.

  2. lily

    Tu m ‘avais prévenue. Je ne peux plus le lire maintenant ! Enfin … pas trop envie ! Mais j’ai bien ri en te lisant !

  3. Pingback: Agatha – Frédérique Deghelt | The magic orange plastic bird said...

  4. Merci de me permettre de faire d’une pierre deux coups! Une lecture agréable me permettant d’éviter une perte de temps désagréable! :-D
    Ces temps-cis, j’ai une expression obsessive en tête; chiant comme un film français (il faudrait que je mette le contexte, mais bon, ce serait trop long! ;-) ). Je vois que je pourrais la modifier!

    • @sdf… de luxe : ahah oui, tu peux me remercie d’avoir pris le risque de lire ce roman ;) La promesse-produit (comme on dit en marketing) n’était pas au rendez-vous !

  5. (Et moi, la giclée de sang, je l’aurais situé dans le bas-ventre, mais bon, je n’ai lu le livre ni en français, ni en anglais! :-D )

  6. Bien en fait, la chaîne de pensées qui m’a animé part du principe que le coeur envoit du sang dans tout le corps, mais que quand l’afflux de sang est provoqué par l’émoi, l’afflux de sang est plus ciblé (“Nella baisse les yeux devant les gens qui circulent dans l’église et, soudain… »). On peut supposer que son regard croise quelqu’un, ce qui provoque cet émoi générant un afflux de sang soudain… (J’ai imaginé que le sang giclais à l’intérieur des veines). Donc usuellement, cet afflux se dirige vers les joues ou, dans le cas d’un émoi plus sensuel… vers le bas-ventre! Bon, je dis ça, mais n’ayant lu ni la version française, ni l’originale, tu es bien mieux placée que moi pour savoir! ;-)

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