Smith & Wesson

smithwessonJ’ignore si les deux jeunes hommes de la photo de couverture représentent Horace Smith et Daniel Wesson, les fameux inventeurs de revolvers, mais sachez que les Smith et Wesson de cette pièce de théâtre d’Alessandro Baricco se nomment Tom et Jerry, et qu’ils ne sont ni chat, ni souris, à part peut-être dans les premières pages durant lesquelles ils font difficilement connaissance.

Nous sommes en 1902. Tom Smith est inventeur, et météorologue. Ou plutôt, météorologue statisticien puisqu’il se fonde sur les souvenirs des gens qu’il interroge pour noter le temps qu’il faisait des années auparavant. Une méthode terriblement poétique, psychologiquement passionnante, mais météorologiquement discutable. Mais enfin, c’est un inventeur, un vrai, un scientifique. Il débarque un beau jour dans la cabane de Jerry Wesson, une sorte d’ermite ronchon qui vit au pied des chutes du Niagara et qui repêche les cadavres des suicidés. Deux personnages typiquement Bariccoien, aux répliques délicieuses, fourrées avec un humour malicieux et de belles fulgurances philosophiques et poétiques. Ils sont bientôt rejoints par Rachel, une journaliste de 23 ans méprisée parce que femme, et qui rêve d’un coup d’éclat, le papier de sa vie, qui rêve de clouer le bec à tout le monde en réussissant l’exploit de sauter dans les chutes du Niagara et d’en sortir vivante. Pour ça elle a besoin de l’aide de Smith et Wesson. Le premier pour qu’il invente un moyen de préserver sa vie pendant la chute, le deuxième pour qu’il aille la repêcher au bon endroit au bon moment grâce à sa connaissance méticuleuse de la rivière. Le trio insolite va vivre au rythme des préparatifs, des conférences de presse, des angoisses, des interrogations, jusqu’au grand jour, jusqu’à la chute, dans les chutes.

Si cette nouvelle pièce de théâtre n’arrive pas à la cheville (rien n’y arrive, disons-le franchement) de Novecento, pianiste, elle lui ressemble par ces portraits insolites, ces êtres à la fois déterminés et pétris de doutes, par cette volonté ? nécessité ? de laisser sa marque sur ce monde, pour exister. Et toujours cette poésie, cette absurdité, ces dialogues qui rebondissent comme des balles et que j’aimerais voir, entendre, ressentir en vrai, joués sur scène. Qui se dévoue pour monter Smith & Wesson à Clermont ?

“Attention, les mots sont des petites machines très exactes, croyez-moi.”

“- Vous aimez trop la vie, pas vrai ?

– Je trouve que c’est une circonstance embarrassante qui peut réserver d’incomparables satisfactions.”

3 Commentaires

  1. Romain

    Mince, j’avais espoir que c’était du niveau de Novecento. Tu conseilles tout de même?

  2. Pingback: Playlist de juin | The magic orange plastic bird said...

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