Victoria, reine badass

 

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C’est un peu par hasard que j’ai regardé les premiers épisodes de cette série britannique de 2016, un soir où le programme télé ne me disait trop rien. J’ai enchaîné rapidement avec la fin de la saison 1, puis la saison 2, que j’ai récupérées sur Canal Play VOD (saison 3 en cours). J’ai donc beaucoup aimé. Évidemment cela tient notamment au talent de l’actrice principale, Jenna Coleman, à la qualité somptueuse des décors, des costumes, de la photographie de haute volée (l’éclairage à la bougie… juste superbe), mais aussi surtout à l’histoire incroyable, mais vraie, de la reine Victoria dont le règne fut exceptionnel à bien des égards, et dont la personnalité laisse encore pantois, même (et surtout, je dirais) aujourd’hui.

Victoria-reine-d-AngleterreEn regardant la série, je n’ai pas pu m’empêcher de me demander si tout cela n’était pas romancé à l’excès, si la vérité historique n’avait pas été un peu trafiquée au profit d’un discours contemporain teinté de féminisme. J’ai donc enchaîné les deux premières saisons de la série avec la lecture d’une biographie (j’ai pris la seule qui était en rayon à la librairie Les Volcans mais il en existe des dizaines, traduites ou non), rédigée par Philippe Chassaigne, prof d’histoire à l’université de Bordeaux et spécialiste de l’histoire britannique. Cette biographie très accessible (La reine Victoria) mêle la grande Histoire à celle, plus intime, de la reine Victoria et il semblerait que la série soit plutôt fidèle à la réalité. Du haut de son 1m50, Victoria était une reine badass ! Féministe, autoritaire, curieuse de tout, amoureuse, mère de 9 enfants, rescapée de 7 tentatives d’assassinat, impliquée dans la vie politique au-delà des limites qui lui incombaient, elle a régné plus longtemps que tout autre monarque avant elle, de 1837 à 1901.

Couronnée à 18 ans, elle n’était pourtant pas dans les premières places pour la succession au trône (5e) mais à l’époque, on mourait un peu à tort et à travers donc voilà, le destin a frappé à sa porte et elle lui a ouvert en chemise de nuit (true story). De toute façon, elle avait été élevée dans ce but et était intimement convaincue qu’elle régnerait un jour. La maturité et l’autorité dont elle a fait preuve à sa prise de fonctions sont remarquables. Elle s’est toutefois largement appuyée sur Melbourne, le Premier ministre, pour construire sa posture politique. La série donne à cette relation un tournure sentimentale, chose que je n’ai pas retrouvée dans la biographie (Melbourne étant déjà d’un âge avancé). Victoria a dû se choisir un mari, puisqu’en tant que reine c’était à elle de faire sa demande, mais à l’époque les familles royales se mariaient entre elles donc c’est sur l’un de ses cousins Allemands, Albert de Saxe-Cobourg-et-Gotha, qu’elle porté son dévolu. Et ce fut une véritable histoire d’amour. Ils ont eu 9 enfants, Victoria enchaînant les grossesses durant tout le début de son règne (7 enfants en 10 ans), ce qui ne lui plaisait pas du tout. D’une part la maternité la rebutait, et d’autre part elle l’éloignait du pouvoir. Ce sont deux éléments qu’on retrouve dans la série et dans la biographie. Albert, dans la série, semble fidèle à ce qu’il était dans la vie, un homme plutôt austère mais attentionné, tandis que Victoria était beaucoup plus funky. Sauf que lorsqu’Albert est mort prématurément en 1861… ce fut le drame. Victoria a porté le deuil jusqu’à la fin de ses jours et s’est retirée de la vie politique, du moins de ses apparitions publiques, pendant près de 10 ans. Je précise que la saison 2 de la série s’arrête alors que Victoria n’a pas encore donné naissance à tous ses enfants.

Outre la personnalité très particulière de la reine, la série s’attache également à nous montrer le contexte historique du XIXe siècle, qui est très riche. La Révolution Industrielle, l’arrivée du train, les famines, la photographie, les guerres que menait la Grande-Bretagne ici ou là… on peut dire qu’en près d’un siècle, Victoria aura vu la société évoluer de façon spectaculaire avant de régner sur cet Empire où le soleil ne se couche jamais.

Afin d’agrémenter le récit, les scénaristes ont donné une place particulière aux domestiques de la famille royale. J’ignore si ces personnages ont réellement existé mais leur présence permet de mettre en parallèle la vie royale et la vie des simples sujets de sa majesté. Ce que m’a appris la biographie, et qui transpire dans la série au point que je l’accuse de broder sur des thèmes trop contemporains (en fait non), c’est que Victoria était particulièrement ouverte sur le monde et les gens. Elle aimait les petites gens, au point d’aller chez eux lorsqu’elle était en villégiature à Balmoral. Après la mort d’Albert (longtemps après), elle s’est trimballé un domestique Écossais absolument partout, au point qu’on imagine une liaison, voire un enfant illégitime, et elle a même demandé à être enterrée avec certains objets lui appartenant. Après la mort du domestique Écossais, c’est un jeune domestique Indien qui l’a accompagnée partout, ce qui a largement choqué la bonne société britannique de l’époque. Il lui a appris sa langue, écrite et parlée (voir ce documentaire en anglais) et il y avait du curry à presque tous les repas.

Bref, la reine Victoria est un personnage absolument fascinant, une femme à la personnalité hors norme. Elle tenu un journal toute sa vie mais à sa mort, sa plus jeune fille en a détruit les meilleures feuilles (si elles ont été détruites, c’est que leur contenu devait être particulièrement croustillant, encore plus que le passage où elle raconte sa nuit de noce ou celui où elle espère ne pas avoir de fille) avant de publier le reste. Idem pour sa correspondance avec son domestique Indien : détruite.

Victoria, icône des Gilets Jaunes ? ;)

“Les classes supérieures – et en particulier l’aristocratie (avec bien sûr des exceptions et des gens honorables) – sont si frivoles, hédonistes, sans cœur, égoïstes, immorales, joueuses que cela me fait penser […] aux jours de la Révolution française. Les classes inférieures deviennent si bien informées, sont si intelligentes et gagnent leur pain et leur argent de façon si méritée – qu’elles ne peuvent pas et ne doivent pas être tenues à l’écart – pour ne pas être insultées par les bien-nés misérables et ignorants, qui ne vivent que pour tuer le temps.”

(lettre à sa fille Vicky, décembre 1867)

5 Commentaires

  1. bruelmanon

    Je suis moi aussi très friande de séries et films historiques, alors je n’ai pas pu résister à Victoria. J’avais déjà beaucoup apprécié le film avec Emily Blunt ;)

  2. Sophie

    Elle est super cette série, je suis fan.

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