Trois

C’est le premier roman de Valérie Perrin que je lis. L’autrice, par ailleurs photographe de cinéma et scénariste, a reçu plusieurs prix pour ses précédents romans. La quatrième de couverture fait hésiter entre un roman d’amitié et un thriller, un cocktail intrigant dans lequel j’ai plongé.

Nina, Adrien et Etienne se sont rencontrés à La Comelle, un jour de rentrée 1986, avant d’entrer dans la classe de l’horrible Monsieur Py, leur instituteur de CM2. Depuis ce jour où ils se sont tenu fébrilement la main, leurs vies n’ont cessé d’être liées les unes aux autres. En 2017, Virgnie, la narratrice, se souvient de ces trois-là, qu’elle a côtoyés de près. Ils ne se parlent plus. Que reste-t-il de l’amitié et des souvenirs d’enfance après trente ans jalonnés d’amour, de coups du sort, de joies, de départs, de drames, de retours, de vie ? La réponse est peut-être dans cette carcasse de voiture repêchée dans le lac de La Comelle, et dont Virginie doit faire un article dans le journal local. Qu’a-t-il pu bien se passer l’été 1994 et qui semble n’en avoir pas fini avec l’inséparable trio ? 

Ce roman est indéniablement construit comme un page turner. Les chapitres alternent entre plusieurs époques, plusieurs points de vue, tissant imperceptiblement la trame d’un tableau final qu’on découvre en même temps que les protagonistes. Évidemment, les cliffhangers distillés en fin de chapitres sont irrésistibles. Quand on se dit “allez, un dernier chapitre et je vais manger/dormir/faire le ménage”, on se retrouve à se dire “raah bon, encore un dernier et j’arrête” et ainsi de suite car les réponses qu’on attend sont évidemment cachées des dizaines, voire des centaines de pages plus loin (669 pages le pavé). On a beau connaître le truc, c’est diablement efficace et puis après tout, pourquoi résister ? Il fait moche et on est confiné. La narration est sobre, ce n’est évidemment pas comparable au style de Marie-Hélène Lafon par exemple, que j’ai lu juste avant, mais on lit avec plaisir, sans être entravé par des fioritures ou des lourdeurs. Ça déroule, pied au plancher sur l’autoroute du suspense. 

Ce roman en appelle aussi aux souvenirs, forcément irrésistiblement régressifs, de la génération 80. La mienne en fait, à peu de choses près. Les quadras retrouveront dans ce roman quantités de références culturelles, au sens populaire du terme : émissions de télé, ciné et surtout musique, le trio étant particulièrement au fait des tubes du moment. Cette identification affective naturelle est un atout de plus pour ce roman quand il tombe entre les mains d’un lecteur qui a vécu les mêmes émotions sur les mêmes refrains. Valérie Perrin a également le don de savoir retranscrire ce qui fait le sel et le sucre de l’adolescence, ses ascenseurs émotionnels, ses excès autant que ses langueurs. 

Si je devais faire un reproche à ce roman, c’est peut-être l’accumulation de sujets. La disparition mystérieuse d’une ado, le harcèlement scolaire, les violences conjugales, le deuil, la maladie, le bien-être animal… je pense que tout y passe (et je vous dis pas tout !). Alors c’est peut-être normal, finalement, sur plus de 30 ans multipliés par plusieurs parcours de vie. Mais bon. Le tableau final est quelque peu chargé, faut être honnête, même pour un roman. C’est d’ailleurs l’intérêt de le lire rapidement, l’accumulation de sujets et de détails reste fraîche en tête. 

Il se pourrait que je me laisse tenter par les romans précédents de Valérie Perrin (ou les prochains), à l’occasion, ce type de roman dans lequel on plonge en se laissant balader avec avidité, comme dans une bonne série. 

Merci à mes parents pour le cadeau ;) 

Ils passaient tout leur temps libre ensemble, récréations et cantine comprises. Ils riaient des mêmes choses. Prendre l’annuaire téléphonique, tourner les pages au hasard, composer un numéro et faire des réservations en travestissant leurs voix. Regarder Magnum et Fame portes et volets clos en gobant des bonbons. Jouer au Mastermind et à la bataille navale. Lire ensemble un Tintin ou l’Almanach de l’étrange, allongés sur le lit de Nina. « Fini… », disaient Adrien et Etienne à l’unisson. Alors, et seulement quand les deux garçons avaient parlé, Nina tournait la page. »

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