Like someone in love

J’ai d’abord été séduite par l’affiche, très belle, et par le titre, évocateur. Ce film se passe au Japon et est interprété par des acteurs japonais. Mais le réalisateur, Abbas Kiarostami est iranien. J’avoue bien humblement n’avoir jamais vu aucun de ses précédents films. Et je pense qu’à l’avenir, j’y réfléchirai à deux fois avant d’aller voir l’une de ses œuvres.

Akiko est une jeune femme, étudiante, qui semble arrondir ses fins de mois en proposant ses « services » à de riches hommes, fournis par un certain Hiroshi. Elle va se retrouver chez un papy, écrivain et traducteur et cette relation qui n’aurait dû mener à rien va les mener à la catastrophe.

L’intrigue est ramassée sur quelques heures dans la vie d’Akiko, de Takeshi (le papy) et de Noriaki (le fiancée d’Akiko). Et le réalisateur nous livre les faits quasiment en temps réel. La scène d’ouverture du film annonce la couleur. Deux caméras fixes, l’une filme l’intérieur d’un bar, ses clients, et les interlocuteurs d’Akiko, et l’autre filme Akiko, qui semble totalement isolée du reste de la salle, alors même qu’elle tient des conversations avec son amie Nagisa et Hiroshi. La scène dure extrêmement longtemps, du moins en comparaison avec un film « normal ». Et toutes les scènes ou presque vont se dérouler de la même façon. Des plans fixes, des champ/contre-champ, des plans séquences interminables, dans lesquels Kiarostami semble nous livrer la triste vérité de nos conversations : banalités, embarras, silences. Je n’ai rien contre le procédé en lui-même, qui peut venir appuyer intelligemment un élément de scénario, mais de là à l’utiliser pendant tout le film…

La parole. Élément incontournable du film. Actrice à part entière. Des conversations, des monologues. J’ai malgré tout particulièrement apprécié une scène, celle où Akiko fait défiler les 7 messages que sa grand-mère a laissés sur son portable. La solitude et l’attente de la grand-mère, sa déception grandissante, alors qu’Akiko roule en taxi dans les lumières de la ville et à destination de son rendez-vous du soir…Là aussi, la scène est très longue, et seule la voix de la grand-mère se fait entendre, dans le combiné. En fait, chaque situation est une saynète qui pourrait faire l’objet d’un court-métrage individuel.

Le fait de me remémorer le film, le fait que je me rappelle autant d’éléments et de détails me poussent à penser que finalement, j’ai peut-être apprécié ce film plus que je ne l’ai cru en quittant la salle. J’ai eu l’impression de m’ennuyer et pourtant, je ne me suis pas endormie (fait courant chez moi) et j’ai été très attentive à beaucoup de choses. Il me reste finalement une sensation d’émotions ressenties. Ici la colère, là la tristesse, l’embarras, la peur…Comme une persistance rétinienne d’un objet lumineux qu’on aurait regardé pendant trop longtemps. Malgré toute cette lenteur contemplative et bavarde, il y a dans ce film une subtile montée dans l’intensité dramatique. On pressent des choses, puis on se dit qu’elles vont arriver, et elles arrivent.

Et puis le titre…sorti tout droit d’une chanson d’Ella Fitzgerald passée par le client âgé lors de son rendez-vous avec Akiko. Tous font semblant, chacun à leur manière. Tous vivent dans l’illusion de l’amour.

L’affiche, je l’écrivais au début, est superbe et la jeune actrice qui joue Akiko crève l’écran.

Un film étrange, dont je me demande si finalement il ne me plaît pas uniquement parce qu’il a été tourné au Japon. Le même film tourné ailleurs aurait-il été envisageable ? Pas si sûr.

2 Commentaires

  1. Mum

    Bel article mais il y a des choses que je n’ai pas ressenties comme toi . J’ai adoré la façon de filmer (il me manque le vocabulaire technique) de l’extérieur des voitures avec toutes ces lumières,ces reflets dont les lignes géométriques encadraient parfois les visages, dans cette atmosphère urbaine . Par contraste il y avait l’ambiance feutrée de chez le papy avec les gestes quotidiens….On en reparlera . Je n’avais rien pressenti et me demandait à chaque instant ce qu’il allait se passer . Je suis plus romantique (nunuche) que toi et je pense que même si la situation dit le contraire ,ils sont tous « in love » d’une façon ou d’une autre.

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