Certaines n’avaient jamais vu la mer

certainesnavaientjamaisvulamerDébut du XXe siècle. Des dizaines de jeunes Japonaises s’entassent dans des bateaux à destination de la côte ouest des États-Unis. Leur but ? Épouser un bel (et sombre) inconnu choisi sur photo, afin de fuir leur condition de paysanne pour la plupart, ou pour découvrir un nouveau monde. Après des semaines difficiles en mer, vont-elles enfin trouver le bonheur ?

Leurs illusions s’écrasent sur le quai de débarquement.

Travaux des champs, prostitution, travaux domestiques…voilà ce qui attend ces jeunes femmes, abusées par des hommes, Japonais eux aussi, ayant menti sur leur condition. Abusées dans tous les sens du terme, obligées de subir les assauts de leurs maris, de leurs patrons, les coups, les humiliations en tous genres. Des enfants naissent, dans la souffrance, la précipitation, ou sous la bienveillance des Américains du coin. Une nouvelle génération est en marche, avec un peu d’espoir en bandoulière. Tant pis pour les traditions ancestrales, pour ces parents qui ne parlent toujours pas anglais, il faut s’intégrer, faire des études, trouver des emplois plus dignes. Et lorsque cette intégration ressemble enfin à quelque chose d’acceptable, avec maison, chiens et chats, pignon sur rue et clientèle fidèle, ce sont finalement ceux qui ont permis cette intégration qui rejettent à nouveau ceux qui n’ont jamais cessé d’être des étrangers, loin, dans les montagnes. Éloigner la menace, confondre ces familles paisibles avec les détraqués qui ont jeté leurs avions sur Pearl Harbor. Retour à case départ.

Ce court roman de Julie Otsuka donne la parole à ces femmes, avec un procédé stylistique audacieux et poétique. Un seul et même « nous », pour des milliers de destins qui s’entrechoquent dans ce couloir historique orageux. Un seul et même « nous », comme le témoignage d’une femme sans âge, oubliée de tous mais qui se souvient de tout.

Un chœur de femmes qui fait de cette sombre parenthèse historique un récit de chair et de sang où les souffrances de chacune racontent le calvaire de toute une communauté.

5 Commentaires

  1. Mum

    Tu me le passeras ;ça fera un choc après les Mémoires d’une jeune fille rangée.

  2. Ça me rappelle la sixième… un gentil gars, rien à vokr avec ton sujet si ce n’est qu’il n’avait jamais vu la mer!Il en parlait avec une telle lumière dans les yeux…je lui avais dit que c’était facile d’aller voir la mer… je ne pouvais tellement pas accepter qu’il puisse continuer à vivre sans voir la mer que j’ai eu envie de fuguer pour lui montrer!

  3. Pingback: Les Contre-plongées de Clermont-Ferrand 2014 | The magic orange plastic bird said...

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