Lâcher prise (et le bouquin aussi)

J’en ai parlé vite fait dans ma note sur le Gounelle, voici le petit compte-rendu d’un bouquin que j’avais acheté dans un probable moment d’égarement. Note (car je viens de le noter moi-même) que le Gounelle c’était un 25 mars, et le Finley un 26. Le printemps semble faire bourgeonner en moi de nombreuses questions existentielles. Là, en 2013, c’est du genre « mais il est où le putain de soleil bordel ? ». J’ai pas encore trouvé de bouquin qui m’apporte la réponse. Note aussi que l’an dernier, le 25 mars précisément aussi, j’étais montée à Montjuzet admirer les premières floraisons sous un beau soleil. Là, que dalle. De la brume, de la pluie, du froid. Au moins j’avance dans mes lectures, toutes plus sordides les unes que les autres, décidément, je reste dans le thème. Mais pour l’instant, c’est Finley.

Note initialement publiée le 26 mars 2010

LacherpriseJe me suis forcée à finir ce bouquin, histoire de voir où ça me menait. À un moment, vers la fin, l’auteur, Guy Finley, t’explique grosso modo que tu ne dois pas souffrir, et que pour cela, il faut se débarrasser des sentiments, ou des personnes, qui te font souffrir. Du coup…ben j’ai failli balancer le bouquin dans un râle de satisfaction. Héhé. Bon, je l’ai pas fait. J’ai continué courageusement jusqu’à la fin.

C’est très mal traduit. Ou très mal écrit d’ailleurs, j’en sais rien. Certaines phrases, même en les relisant plusieurs fois, n’ont pris aucun sens dans ma tête. Est-ce que c’est fait exprès pour que le lecteur sente qu’il est en face d’une notion mystérieuse et très importante ?

Exemple : « vous pouvez mourir à vos expériences de vie ou à cause d’elles ». Démerde-toi. Déjà, « mourir à » pour moi, c’est forcément suivi de « Clermont-Ferrand » ou autre lieu géographique. Après, même en imaginant un autre mot à la place de « à », je n’ai pas saisi le sens de cette phrase. Ni en tant que telle, ni dans le contexte du bouquin. Enfin si, en gros, si tu fais une grosse bêtise, tu peux potentiellement en crever si c’est grave. Ben oui.

Il y a beaucoup de phrases de cet acabit, ce qui rend la lecture extrêmement fastidieuse. Le seul répit qu’on a, c’est lorsque l’auteur donne la parole à une espèce de Candide qui pose des questions tellement débiles qu’il se sent obligé de lui répondre par une métaphore. Là du coup on comprend un peu mieux.

Ensuite, parmi les notions que j’ai comprises, certaines m’ont paru plus que contestables. Il est assez souvent fait référence au Christ et au Nouveau Testament. On sent que c’est un Américain qui a écrit ce truc. Ils sont vraiment pourris de religion jusqu’à l’os.

Petit florilège des trucs qui m’ont réellement choquée :

« Peu importent les apparences, tout individu n’a que ses propres intérêts à cœur. Même dans leurs manifestations les plus typiques, la générosité et le bénévolat ne sont pas le fait d’une nature compatissante, mais celui d’un désir inconscient de s’enivrer d’un sentiment de bonté. Si vous oubliez de remercier la personne qui s’est montrée généreuse envers vous, aussitôt sa bienveillance se transforme en ressentiment ou même en indignation ». Alors ça peut être vrai. J’ai souvent pensé ça des religieux qui s’engagent ici ou là, persuadée qu’ils faisaient ça pour s’assurer le Paradis. Mais de là à en faire une généralité, faut pas pousser.

Et le pompon, le dernier chapitre, trop long pour que je le recopie ici mais en voici la substantifique moelle :

« Voulez-vous connaître la joie de ne pas prendre chaque jour les décisions que vous dicte votre inquiétude ? Dites « je ne comprends pas » cette crise, ou cette souffrance subite. Et ARRETEZ-VOUS. VIVEZ VOTRE JOURNEE SANS LA COMPRENDRE.

C’est le fait de mal comprendre qui nous bouleverse tant intérieurement. N’ayez pas peur de ne pas posséder l’intelligence de ces choses. Dieu sera ravi de prendre la relève. Dieu vous donne Sa vie en échange de la vôtre.

[…] Si vous êtes d’accord pour dire « je ne comprends rien à ma vie », vos perceptions erronées s’estomperont et feront place à la révélation divine. Cette révélation supérieure est tout ce dont vous pourriez avoir besoin, tant dans ce monde que dans l’autre. Osez. Lâchez prise »

J’en reste sur le cul. Alors là je dois dire que je ne l’avais pas vu venir. Dans tout le bouquin, ça ressemble à du développement personnel, légèrement mâtiné ici ou là de citations religieuses (chrétiennes ou bouddhistes ou autres…histoire de noyer le poisson). J’ai même trouvé certaines parties intéressantes, notamment dans le fait de prendre du recul par rapport à ses émotions, de les contempler de loin pour en saisir ou le ridicule ou l’insignifiance. Mais je comprends mieux pourquoi j’avais du mal à voir où l’auteur voulait en venir. C’était pour nous conditionner à son putain de message sectaire. Ne cherche surtout à pas à savoir ce qui te tracasse, non non. Lâche prise. Et deviens un agneau à la con, un mouton de Panurge, un lobotomisé total. Je trouve, à la lumière de cette conclusion, que ce bouquin est un conditionnement pour les futures victimes des sectes. À plusieurs reprises l’auteur démontre la nécessité de se séparer des gens qui nous parasitent. Il démontre aussi l’intérêt de la solitude pour l’épanouissement personnel. Il me revient en mémoire une métaphore où il parle d’un lionceau perdu. Il est d’abord accueilli par des singes mais il est malheureux chez eux. Donc il part et se retrouve chez les sangliers. Ça ne lui va pas non plus alors il se casse et se retrouve seul dans la savane à nouveau. Et là il se sent enfin heureux. Seul. Et c’est alors qu’il aperçoit enfin ses congénères et qu’il les rejoint. Moi dans cette métaphore je lis un truc très dangereux. Je lis qu’il ne faut pas se mêler aux gens différents. Je lis qu’il faut virer tout le monde. Et je lis qu’il ne faut vivre qu’avec des gens qui nous ressemblent. C’est, il me semble, le fondement de toutes les techniques de recrutement des sectes : faire croire aux gens que ce sont leurs proches qui les rendent malheureux, et les convaincre qu’ils seront enfin heureux avec des gens comme eux.

N’ACHETEZ PAS CE LIVRE. IL EST DANGEREUX. LE LISEZ PAS NON PLUS.

Tu me connais, je ne suis pas une fervente adepte de la psychologie, mais je reconnais néanmoins la nécessité de s’interroger sur soi-même, de chercher des réponses, de se faire violence pour surpasser des angoisses. Mais « vivre sa journée sans la comprendre », décréter « je ne comprends rien à ma vie », ça dépasse l’entendement.

Et ce truc est un best-seller…

Je me suis fait plaisir avec la couv, dont j’ai pu garder le sous-titre tel quel. Les petits poussins, c’est juste parce que c’est Pâques.

5 Commentaires

  1. Ouais, alors là, je suis convaincu. Ce livre doit être un vrai poison pour que tu écrives:
    « N’ACHETEZ PAS CE LIVRE. IL EST DANGEREUX. LE LISEZ PAS NON PLUS. »
    :-D

    • sdf de luxe : quoi ? ça se voit que j’étais énervée ? :) Bon après, chacun fait bien ce qu’il veut mais bon, si on peut éviter à des idées malfaisantes de se propager trop vite…on fait ce qu’on peut ;)

  2. (et pour le soleil, j’avoue, c’est moi qui l’ai pris… oui, tout pris!)

  3. Pingback: Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une | The magic orange plastic bird said...

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