Le Pavillon d’Or

Diverses raisons m’ont poussée à lire ce roman de Yukio Mishima. La première, on m’a filé l’ebook (wink à qui se reconnaîtra), la deuxième, ça parle du Japon et la troisième et non des moindres, j’ai visité ce fameux Pavillon d’Or, le Kinkaku ji, lors de mon séjour au Japon en 2009. Ce magnifique temple a brûlé en 1950 suite au geste fou d’un apprenti moine (Hayashi Shoken). Il a donc été reconstruit à l’identique et brille à nouveau de mille feux sur son étang plein de carpes, pour le plus grand bonheur des touristes et des agences de communication japonaises qui ne perdent pas une occasion de le caser ici ou là dans leurs publications.

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Mishima nous raconte, en revêtant la peau du jeune moine, comment il en est arrivé à mettre le feu à ce trésor national et à toutes les précieuses reliques qu’il contenait. En se basant sur des paroles et faits relatés dans la presse de l’époque, Mishima construit ce qui a pu/dû être l’existence de cet adolescent mal dans sa peau. Je ne vais pas détailler le déroulé de l’histoire, Mizoguchi (le nom a été changé pour le roman) croise sur sa route des personnages qui vont l’humilier, le dégoûter. Il va également se heurter aux difficultés de l’amour, de la reconnaissance et ruminer sur son physique disgracieux et son problème de bégaiement qui le handicapent lourdement. Au final, il va prendre en horreur tout ce qui se rapporte de près ou de loin à la Beauté, et la représentation ultime de celle-ci n’est autre que le Pavillon d’Or.

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Ce roman m’a ennuyée, je l’avoue. D’une part, difficile de démêler le vrai du romancé dans ce récit. Ensuite, les circonvolutions métaphysiques du jeune Mizoguchi peuvent sembler assez incompréhensibles pour une lectrice de 2013, qui n’est pas apprentie moine et qui malgré quelques complexes n’a pas (trop) de difficultés d’intégration dans la société et assez peu l’envie de tout faire péter. Je pense également que pour apprécier ce roman et ses visées philosophiques et spirituelles il faut maîtriser un peu la philosophie bouddhiste et zen, et beaucoup maîtriser les rouages de la société japonaise du milieu du XXe siècle. Étant fort peu éclairée sur ces sujets, je pense être passée à côté de beaucoup de choses. Ceci étant, Mishima cherche à comprendre pourquoi Hayashi Shoken a incendié le Pavillon d’Or. Comme si ce genre d’actes pouvait être justifié, ou du moins, expliqué et compris. Ou pas d’ailleurs. Peut-être qu’il n’y a rien à comprendre, que Mishima nous promène dans le roman pour finalement nous dire que tout est basé sur du vent et sur la folie d’un pauvre type qui en veut à la Terre entière.

En fait, le roman s’arrête net au moment de l’incendie. J’aurais peut-être préféré passer plus de temps sur l’après que sur l’avant. J’en sais rien. Bref, je n’ai pas aimé ce roman et aussi peut-être parce que je l’ai trouvé trop long.

D’un point de vue stylistique, ça se lit plutôt facilement, par rapport à d’autres classiques de la littérature japonaise. J’ai aimé les descriptions, des lieux et des gens, et surtout du Pavillon d’Or bien sûr. Quand on l’a vu en vrai, aussi majestueux que clinquant, on ne peut qu’être sensible à son évocation.

La reconstruction de temples et de châteaux est une habitude au Japon. Incendies, séismes, typhons divers et variés… La plupart des édifices que j’ai visités étaient des versions 2.1, 3.4 etc… Le plus classique étant le temps d’Ise, qui est démonté et reconstruit à intervalles réguliers, même si rien ne l’a mis à terre. Mais j’espère que le Pavillon d’Or continuera encore longtemps de se mirer dans les eaux paisibles qui l’entourent.

« Quand le Pavillon d’Or était embrasé par le couchant ou inondé de lune, c’était le reflet de l’eau qui faisait de lui quelque chose d’étrange, qui flottait, ou battait des ailes. Le tremblement de l’eau détendait les robustes amarres de la masse sombre et, dans ces moments-là, on se demandait si le Pavillon d’Or n’était point fait de matières en perpétuelle agitation, comme le vent, la flamme, et l’onde. Pareille beauté n’avait pas son égale. Et je savais maintenant d’où me venait mon extrême fatigue : cette Beauté tentait sa dernière chance ; elle faisait peser sur moi tout le poids de sa force, cherchait à me prendre dans les rets de cette impuissance à laquelle j’avais tant de fois succombé. »

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3 Commentaires

  1. Mum

    Je voulais le lire mais à te lire…

  2. Pingback: Littérature japonaise et nuit de l’écriture au café-lecture Les Augustes, Nils Udo à la galerie Claire Gastaud | The magic orange plastic bird said...

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