Big Eyes

L’excitation était à son comble… un nouveau Tim Burton, et qui ne chante pas ! Non parce que le bonhomme était tombé, dans certaines de ses dernières créations, dans le bourbier des « musicals » (Sweeney Todd et autres Noces funèbres) et j’ai franchement horreur de ça. Bref, ça chante pas et ça raconte une incroyable histoire vraie, celle de Margaret Keane et de son époux, Walter. Et c’est un peu décevant, disons-le.

big_eyesMargaret est une jeune mère célibataire qui a eu le courage de quitter son époux avec sa fille sous le bras. Mais dans les années 1950, difficile de gagner sa vie quand on est une femme, avec enfant, divorcée, et n’ayant jamais travaillé. Alors elle tente de vendre ses talents de dessinatrice et de peintre sur les marchés, jusqu’au jour où elle fait la rencontre d’un certain Walter Keane, peintre du dimanche. Ce dernier tombe en admiration devant ses toiles représentant des enfants tristes aux yeux démesurés, et entreprend de la séduire. Margaret voit l’opportunité dans cette nouvelle union de retrouver une certaine sécurité pour elle et sa fille. Elle épouse donc Walter. Grâce à son sens du commerce affûté, il trouve un endroit insolite pour exposer leurs toiles respectives (un club de jazz) jusqu’au jour où suite à une méprise il se trouve identifié comme l’auteur d’un « big eyes ». C’est le début d’un mensonge d’une envergure internationale. Les toiles de Walter n’ont aucun succès, à son grand désarroi, tandis que celles de sa femme séduisent le grand public. Avec son bagou il arrive à en vendre des dizaines en se présentant comme leur auteur jusqu’au jour où Margaret découvre la supercherie… et l’accepte. Après tout, l’argent rentre, surtout grâce à l’idée de Walter consistant à imprimer les visuels sur des posters pas chers, que le grand public s’arrache. Mais le succès venant, le secret est de plus en plus lourd à porter, Walter a la folie des grandeurs, devient parano, alcoolo, violent, et Margaret fuit. Avec sa fille sous le bras, une fois de plus. Une rencontre avec les Témoins de Jéhovah la pousse à porter plainte contre son époux, qui se retrouve humilié lors du procès, incapable de dessiner quoi que ce soit pour prouver qu’il est bien l’auteur de ces centaines d’oeuvres. Fin de la supercherie. Margaret retrouve ses droits, son nom, et son honneur.

Alors c’est un joli biopic. L’histoire est séduisante, étonnante, avec un happy end, tout ça. Mais où est passé Tim Burton ? Je le cherche encore. Le seul petit élément de preuve, éventuellement, serait cette accumulation de jolis plans, de jolies couleurs, surtout au début, qui rappellent Edward aux mains d’argent. Pour le reste… le film aurait pu être réalisé par un peu n’importe qui. Narration d’une linéarité navrante, pas de magie, de poésie, et encore moins de recul critique, juste les faits, rien que les faits. Seule belle surprise, Amy Adams (Margaret), qui est extraordinaire et livre une palette d’émotions impressionnante. En revanche Christoph Walz (Walter) en fait des caisses et tombe dans un grotesque qui tranche avec la subtilité du jeu d’Amy Adams. D’ailleurs, cette fameuse « histoire vraie » me laisse songeuse… et un angle d’approche aurait pu être nettement plus cynique (et jouissif) si la véritable Margaret n’avait pas été encore de ce monde. Nan parce que faut être un peu honnête… sans les talents de commercial de Walter, sans son idée de faire sortir l’art des galeries et de le vendre au grand public pour pas cher, où serait Margaret Keane aujourd’hui ? Et puis franchement, moi, ces « big eyes » je les trouve super kitschouilles. N’est-ce pas là l’histoire d’une spectaculaire réussite commerciale plus qu’un combat pour l’honneur bafoué d’une artiste ? Walter Keane humilié, banni, alors que sans lui, probablement rien de tout ça ne serait arrivé. Quelle honte !

Rendez-vous vite à la rubrique « Licensing » du site officiel de l’artiste pour voir quel produit dérivé vous allez pouvoir faire fabriquer à grande échelle en Chine afin de le vendre à prix d’or en tête de gondole !

3 Commentaires

  1. Contente de te retrouver ! moi aussi j’ai été super déçue …

  2. Pingback: Miss Peregrine et les enfants particuliers | The magic orange plastic bird said...

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