Kitchen – Banana Yoshimoto

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Ce court roman japonais a été un succès populaire exceptionnel au Japon, et dans le monde entier par la suite. Écrit par une jeune auteure (c’est pas son vrai prénom, hein, Banana), et publié en 1988, il dépeint une courte chronique douce-amère où viennent se glisser de nombreux thèmes beaucoup plus profonds qu’il n’y paraît.

Mikage est une jeune femme. Étudiante, elle vit chez sa grand-mère après avoir perdu, toute jeune, ses deux parents, puis son grand-père. A la mort de la grand-mère, Mikage est un peu désorientée. Elle laisse tomber les cours pour s’occuper des formalités, elle prépare son déménagement, elle dort dans sa cuisine, près du réfrigérateur, seul endroit rassurant pour elle. Un jour Yûichi, un jeune homme étudiant comme elle et qui avait bien connu sa grand-mère, vient frapper à sa porte et lui offrir l’hospitalité, chez lui, avec sa mère. La proposition tombe à pic, même si elle est incongrue, et Mikage accepte. Elle fait alors la rencontre d’Eriko, la mère, mais qui s’avère en fait être… le père de Yûichi. A la mort de son épouse, il a décidé de devenir femme et puis c’est tout.

Kitchen, au delà de la légèreté des personnages, de leur sourire, de leur propension à se jeter sur la nourriture, c’est avant tout l’histoire du deuil. Des deuils. Des multiples deuils que certains ont à faire et bien trop tôt. Et c’est l’histoire de deux jeunes qui n’ont pour ambition que de croquer la vie à pleines dents et qui se retrouvent à gérer des émotions qu’ils n’auraient dû gérer que bien plus tard, et qui en oublient les émotions qui devraient être les seules autorisées lorsqu’on a 20 ans.

Ce roman est surprenant par son thème et la façon dont il est abordé. Il est également surprenant de par ses personnages qu’on ne s’attend pas à trouver dans de la littérature japonaise populaire, comme Eriko, travestie assumée et rayonnante, dans un pays qu’on sait très conservateur sur les questions d’identité sexuelle.

 

A la suite de Kitchen, on trouve une courte nouvelle intitulée Moonlight shadow. Même thème, mêmes effets. Satsuki est une jeune fille qui a perdu son petit ami dans un accident de voiture. Le jeune frère de Hitoshi, Hiiragi, a  non seulement perdu son frère mais également sa petite amie, qui était dans la voiture au même moment. Satsuki essaie de tromper le mal en se faisant violence, en allant courir chaque  matin à l’aube, du côté de la rivière qui sépare la ville en deux, et c’est là qu’elle rencontre Urara, une jeune femme mystérieuse qui va partager avec elle sa découverte incroyable. Moonlight shadow exploite à sa manière une vieille légende japonaise, la fête de Tanabata : deux amants ont été séparés par la Voie Lactée et ne peuvent se retrouver qu’une fois par an, la septième nuit du septième mois. Cette fête est également appelée fête des étoiles et est très populaire au Japon.

En écho à Kitchen, cette nouvelle aborde le thème difficile du deuil chez les jeunes. On y retrouve aussi, et de manière surprenante, le thème du travestissement. Hiiragi porte pour aller en cours l’uniforme de sa petite amie décédée, alors qu’Eriko s’est transformée en femme pour surmonter la douleur de la perte de son épouse.

“Le bonheur c’est de mener une vie où rien ne vous oblige à prendre conscience de votre solitude.”

L’écriture de Banana Yoshimoto est directe et sans fioriture, un peu comme ses personnages, et malgré les thèmes difficiles, il en ressort une impression positive, un élan vital inattendu.

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