Le jour avant le bonheur

C’est le deuxième roman de Erri De Luca que je lis, après Le poids du papillon que j’avais deluca22adoré. Celui-ci n’arrive pas au niveau du premier mais possède un charme qui me donne furieusement envie de poursuivre dans la bibliographie de cet auteur. Erri De Luca est un conteur hors-pair et cette tranche de vie, une tranche napolitaine, contient mille saveurs, mille émotions, le tout dans une cour d’immeuble et dans la loge d’un concierge philosophe.

Le récit nous est conté par un homme, jeune, qui nous détaille son enfance d’orphelin dans cet immeuble pendant la Seconde Guerre Mondiale, à Naples. Livré à lui-même, il trouvera dans don Gaetano, le concierge, un père de substitution, un maître à penser, un professeur, un ami pour la vie.

De ses parties de foot avec les copains dans la cour, il se rappelle les morceaux de bravoure, les coups, mais aussi la petite fille à l’étage qui regardait la partie, silencieuse et lointaine. Il n’aura de cesse d’attendre son retour, qui finira par se produire au prix d’un lourd tribut. De la guerre, il se rappelle la cachette sous la loge, où don Gaetan planquait un Juif. Le reste, il l’apprendra de la bouche du concierge, au-dessus d’un plat de pâtes. Les bombes, les Américains, les traîtres, la peur, et le jour avant le bonheur. De ses parents il apprendra peu, suffisamment pour devenir un homme, préférant les bouquins et l’école pour devenir quelqu’un. De cette vie derrière la vitre de la loge de don Gaetano, il apprendra l’humanité, les bons, les cons, les ordures, les pauvres gens et les gens pauvres, les veuves pas si éplorées et les imbéciles qui n’y entendent rien aux cartes.

Un roman d’une grande sensibilité écrit avec brio. Erri De Luca a le sens de la formule qui touche au cœur et avec son compatriote Alessandro Baricco, auteur préféré de moi, ils me font regretter de ne pas pouvoir lire leurs fulgurances poétiques dans leur langue natale.

« Les gens mettent toute une vie à remplir des étagères et les fils s’empressent de les vider et de tout jeter. Que mettent-ils sur les étagères, des fromages, du caciocavallo ? Il suffit que vous m’enleviez ça de là, me disent-ils. Et là se trouve la vie d’une personne, ses envies, ses achats, ses privations, la satisfaction de voir grandir sa propre culture centimètre par centimètre comme une plante. »

« J’ai apporté des draps », et elle se dirigea vers la porte qui donnait sur l’escalier en descente. J’allumai la bougie et enfermai la ville dans mon dos.

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