Silent voice

silentvoiceBon. Au vu des critiques dithyrambiques, il semblerait que je sois passée à côté de ce film d’animation japonais, ou que je suis un monstre d’insensibilité. Disons-le tout de go : je me suis profondément ennuyée pendant Silent Voice de Naoko Yamada.

Mais commençons peut-être parce que j’ai aimé, à savoir la réalisation graphique. Ce film bouscule clairement les codes et explore les lumières, les ombres, les cadrages, les gros plans, les flous, comme aucun autre auparavant. C’est visuellement un très beau film, très doux, peut-être un peu trop girly (certains cadrages me faisaient penser à des photos Instagram d’influenceuses lifestyle) mais en tout cas innovant et en accord avec le propos.

Nishimyia arrive dans une nouvelle école et se heurte à des difficultés de communication avec ses camarades de classe et pour cause : elle est sourde, appareillée, mais extrêmement docile et sociable. Elle communique notamment à l’aide d’un cahier, sur lequel ses camarades écrivent et sur lequel elle écrit également. Tout se passe plutôt pas mal jusqu’à ce que Ishida, un garçon, commence à persécuter Nishimyia, en l’insultant, en cassant ses appareils auditifs, en jetant son cahier. Il est bientôt suivi par toute une bande, et l’école devient un véritable enfer pour Nishimyia, qui finit par partir pour un autre établissement. Ishida subit un retour de karma de la part de ses camarades et cinq ans plus tard, au lycée, on retrouve Ishida sur le point de se suicider, incapable de surmonter ce qu’il a infligé à cette petite fille. Il décide de la retrouver et de tenter de réparer les choses mais ça ne va pas être simple. Les dégâts collatéraux sont énormes, sur les deux familles, sur la bande d’amis de l’époque… personne n’est sorti indemne de cette histoire de gosses. Et pendant plus de deux heures, Silent voice nous raconte le parcours chaotique de ces différents protagonistes, leurs progrès les uns envers les autres, les rancœurs, les pardons, les blessures non refermées… et c’est tout. On pourrait dire que c’est déjà beaucoup mais pendant deux heures, les “je te présente mes excuses, soyons amis, je t’en veux toujours, mais je t’aime bien quand même, mais l’autre elle est jalouse, lui il ne t’a pas pardonné….” c’est beaucoup, beaucoup, beaucoup trop long, ça verse beaucoup, beaucoup, beaucoup trop dans le pathos et le lacrymal et c’est beaucoup, beaucoup, beaucoup trop bavard.

Pourtant le sujet est audacieux, intéressant, nécessaire, indispensable. Un film d’animation japonais se consacre donc exclusivement au handicap, à l’intégration du handicap, au harcèlement scolaire, au suicide et c’est une intention qu’il faut saluer car ce sont des sujets d’importance, au Japon comme ailleurs. D’ailleurs j’en profite pour signaler aux personnes qui ont des jeunes enfants que ce n’est clairement pas un film à faire voir avant le collège. D’une part à cause des sujets évoqués qui sont un peu violents, et d’autre part en raison de la construction du film, qui se passe de la cohorte des ressorts habituels choupi kawaïï qui permettent à d’autres mangas d’avoir plusieurs niveaux de lecture. Ici, il n’y en a qu’un.

J’en suis arrivée à me dire que c’était un film à destination des collégiens. Ni calibré pour le jeune public car trop violent psychologiquement, ni calibré pour les adultes car trop gnan gnan, je pense qu’il est parfait pour des collégiens, l’âge où les emmerdes commencent souvent, où le harcèlement devient violent, où les amitiés sont passionnelles et potentiellement toxiques. D’ailleurs, hasard du calendrier, le matin-même j’écoutais une émission sur France inter qui traitait du harcèlement scolaire (réécouter ici). C’est un sujet qui n’a jamais été aussi actuel et important.

La sensation à la sortie de ce film est très étrange. Je m’y suis ennuyée tout en reconnaissant avoir pris une claque visuelle et en saluant l’audace du sujet et son traitement intelligent.

Un commentaire

  1. Pingback: Playlist d’août | The magic orange plastic bird said...

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