La jument verte

jumentverteVoilà longtemps que je n’avais pas lu un roman aussi… comment dire ? Étrange. Bon, déjà, il faut savoir que je ne l’ai pas acheté, mais “emprunté” dans la boîte à livres située sur la place de Champeix, à l’issue d’une belle et grande randonnée faite cet été. J’avais envie de lire du Marcel Aymé depuis un petit bout de temps et j’ai sauté sur l’occasion. L’identité du propriétaire et donateur du livre figure en page de garde, son prénom est Richard. Je me demande s’il l’a lu, s’il l’a aimé, s’il a trouvé ça bizarre, lui aussi. Richard M., si tu me lis, n’hésite pas à me donner ton sentiment sur ce roman. Bises.

Nous sommes à Claquebue, fin XIXe, et dans la famille Haudouin naît une jument verte. C’est ainsi. Tout le monde vient la voir, elle fait la renommée du paysan et sa fortune, jusqu’à ce qu’elle meure. Un artiste peintre a toutefois eu le temps de faire le déplacement pour en tirer le portrait et la toile trône désormais dans le salon. De son emplacement stratégique, elle observe son monde. Le récit des aventures de la famille Haudouin et du village sont ponctuées par des interventions de la jument verte sous l’intitulé “les propos de la jument”. Et que raconte-t-elle ? Et bien elle nous décrypte toutes les péripéties des villageois sous l’angle de la sexualité. Voilà voilà. Et je peux vous dire qu’il s’en passe ! Notamment dans la famille ennemie des Haudouin, les Maloret, notoirement connus pour pratiquer l’inceste. Ambiance. Mais sinon, le fil rouge de l’histoire, c’est une lettre de Ferdinand Haudouin envoyée à son frère Honoré, et qui s’est perdue en cours de livraison. Ils sont persuadés que les Maloret ont intercepté la lettre et détiennent ainsi une information qui pourrait détruire la réputation des Haudouin et leurs ambitions politiques. Dans cette lettre il est question d’un incident fâcheux (à caractère sexuel évidemment), arrivé pendant la guerre avec un Prussien. Ont-ils la lettre ? Ou pas ? Quelle stratégie adopter ? Envoyer sa fille fricoter avec l’ennemi ?

Tout ça n’est pas très passionnant, et je dirais même que tout ça est très malaisant. Le roman a choqué à sa sortie et vu l’époque, je peux comprendre (1933), il a aussi reçu un beau succès populaire (les deux allant de paire). Aujourd’hui, c’est juste gênant, pas franchement croustillant et encore moins émoustillant, et on peine vraiment à comprendre ces affaires de cambrousse profonde où, disons-le, il ne se passe rien. A part les fort douteuses histoires de fesses qui semblent déterminer la destinée de chaque famille, selon ses pratiques et son histoire personnelle (la jument est très analytique sur ce sujet). Je suis peut-être passée à côté d’un message plus sophistiqué, n’hésitez pas à me transmettre vos brillantes interprétations.

Bon sinon c’est bien écrit, agréable, avec parfois, et même souvent un humour mordant qui ne me déplaît pas. La déception de cette Jument verte ne m’empêchera donc pas de tenter d’autres œuvres de Marcel Aymé et notamment Passe-Muraille ou les Contes du chat perché.

Je suis quand même bien tentée d’aller le remettre dans la boîte à livres, avec un petit mot d’avertissement. Ça pourrait être rigolo. Genre une carte home made avec des yeux mobiles, à accrocher dans son salon, où chaque lecteur successif noterait une anecdote croustillante sur quelqu’un de son entourage, et ainsi de suite, façon cadavre exquis. Ça me rend créative dis donc.

Un texte à lire pour replacer ce roman dans son contexte => sur le site des éditions Gallimard

« – C’est vrai, ce que dit Ferdinand, que tu mets de l’eau dans le vin ?

L’Adélaïde et Ferdinand se récrièrent en même temps.

– Voilà que j’ai mis de l’eau dans le vin !

– Je n’ai jamais dit une chose pareille ! protestait le vétérinaire avec sa voix taillée en pointe.

– Tu l’as dit ! tonna Honoré, et tu ne l’as pas dit franchement ! parce que tu ne sais rien dire franchement ! que tu seras toujours le même jésuite avec tes airs de mourir pour la République tous les matins ! C’est comme ton général Boulanger, qu’est-ce que c’est encore, celui-là ? Un Jean-Foutre  d’enfroqué avec des chapelets plein ses bottes ! Nom de Dieu, de l’eau dans mon vin… »

5 Commentaires

  1. Lu également pour le club de lecture et maintenant je peux dire j’ai lu du Marcel Aymé mais pas sûr que j’en relise…. Assez daté je trouve 🙂

    • @Mumu : oui c’est daté, je peux comprendre que ces histoires de clochemerle aient passionné à l’époque mais aujourd’hui… bof :) Je vais quand même tenter autre chose de Marcel Aymé car j’ai aimé le style d’écriture

  2. Pingback: Playlist de décembre | The magic orange plastic bird said...

  3. Aesa

    Ah là là, quelle tristesse de vous lire, Ghislaine et Mumu !
    Ce livre que vous tenez entre vos mains – celui-là même, avec une identique couverture – est devenu sans conteste un de mes favoris. Il m’attendait, patient, sur une étagère d’Emmaüs, et l’auteur m’était jusqu’alors inconnu, bien que son nom déjà je-ne-sais-où entendu. Si cette édition particulière, avec sa verte poitrine dévoilée, aurait pu m’en détourner, le bonheur fit que la 4e de couverture comportait les premières lignes de l’œuvre, et non un résumé approximatif de ce qui m’attendait.

    Car comment en effet comprimer en quelques lignes jetées en pâture toute la profondeur de ce roman, tout le charme de cette belle écriture ?
    Il est certain que l’intrigue parait mince à qui veut résumer l’histoire. Histoire, d’ailleurs, qui bien que située pendant le boulangisme, me parait au contraire rien de moins qu’actuelle. Marcel Aymé lui-même n’a pas connu cette époque.
    Ce qui me rend le propos moderne, c’est qu’au contraire il se concentre sur les personnages. Sous une langue simple en apparence, par la syntaxe, par une grammaire effilée, l’auteur nous en définit les contours avec une netteté et une précision stupéfiantes. Les rapports familiaux, la fraternité, les relations de voisinage, les conflits ancestraux, sont encore, et sans doute pour longtemps bien contemporains. Et toujours, une indulgence, une douceur perceptible envers chacun de ses personnages.

    Un humour certain émane de l’œuvre, sarcastique, satyrique, bon enfant…, toutes les couleurs de la palette paraissent avoir été utilisées. Humour déjà ce titre, qui ne prépare en rien le contenu, avec ce twist improbable de la page 14, humour encore ces « propos de la jument » où elle se charge de nous fournir une véritable psychanalyse familiale sous la forme de leurs histoires de fesses. A l’heure où Freud avait déclaré que beaucoup de choses, sinon tout, se résumait au bas-ventre, il est comique de placer le médecin à l’intérieur de la maison sous la forme d’un tableau, et de le laisser deviser tant et plus. Et les intrusions du fantastique me semblent même pertinentes dans leur forme : ces intermèdes ressemblent aux entractes d’un vaudeville.

    Je suis tombée en amour de la plume de Marcel Aymé, si concise et si juste, sans arabesques inutiles et prétentieuses. Je me réserve pour les années à venir ses autres écrits. C’est du sucre d’orge en barre, ce truc, il faudrait faire attention à ne pas finir trop vite le paquet !
    A mon actif, j’ai déjà La Table-aux-Crevés, la Vouivre, Derrière chez Martin et Le Passe-Muraille. C’est effectivement ce dernier que je vous conseillerai, chère Ghislaine, pour vous réconcilier avec l’auteur que ce sacré Richard M. vous a fait découvrir. Le recueil de nouvelles est un peu plus sage, non moins fantastique, et tout aussi joliment tourné.

    Enfin, quant à votre idée de replacer l’ouvrage dans la boite à livres, je la trouve très bonne. Avec sa carte amusante, je suis certaine qu’il saura séduire quelqu’un.

    • Aesa : merci pour ce long plaidoyer pour la Jument ! :) Je peux comprendre qu’on puisse porter un regard curieux et bienveillant sur ces villageois et leur mœurs mais bon, voilà, je me suis ennuyée. En revanche oui, le style m’a plu et je retenterai ma chance avec plaisir avec un autre Marcel Aymé !

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