Sur l’eau

surleauVoilà une petite lecture estivale fort plaisante, et puis Maupassant, ça fait toujours plaisir, quelle que soit la saison. Ce “journal de bord” daté est censé être le récit d’une escapade en mer Méditerranée mais apparemment, tout cela aurait été remanié en “post-prod” comme on dirait maintenant, par Maupassant lui-même avec des textes existants, avant publication officielle. Peu importe. 

Maupassant, qui s’est beaucoup promené dans sa vie de oisif solitaire, raconte une croisière à bord de son bateau Le Bel-Ami, entre le 6 et le 14 avril 1888. Nice, Cannes, Antibes… le bateau conduit par deux marins à son service avance au gré des vents et des envies de Guy. La mer dicte sa loi et il faut parfois rester au port et faire preuve de patience avant de reprendre le cours de son voyage. Du coup, Maupassant a du temps libre pour écrire sur tout ce qui lui passe par la tête. La beauté de la nature, son amour de la solitude, mais aussi son besoin irrépressible de vie mondaine, son aversion des bourgeois, la politique, la guerre qu’il déteste, un petit récapitulatif des bons mots des rois et gouvernants (j’ai appris des trucs)… Il n’y est finalement que très peu question de navigation mais ce n’est pas plus mal ! J’y retrouve le Maupassant que j’aime, lyrique et cynique à la fois, exalté et désabusé, et ce sens du verbe, de la formule, qui porte ses paroles telle une houle grisante. 

J’ai lu ce court recueil à la suite de Walden, de Thoreau, et j’y ai trouvé bon nombre de points communs entre ces deux visions du monde, de la nature, de la société, de la solitude. Les femmes et la syphilis en moins pour Thoreau (qui a été emporté par la tuberculose à 44 ans, ce qui n’est guère mieux que les 42 de Maupassant). 

A lire ici si vous ne voulez pas acheter le poche ;) Wikisource

Sinon c’est chez Arthaud

“Si on pouvait ouvrir les esprits comme on lève le couvercle d’une casserole, on trouverait des chiffres dans la tête d’un mathématicien, des silhouettes d’acteurs gesticulant et déclamant dans la tête d’un dramaturge, la figure d’une femme dans la tête d’un amoureux, des images paillardes dans celle d’un débauché, des vers dans la cervelle d’un poète, mais dans le crâne des gens qui viennent à Cannes on trouverait des couronnes de tous les modèles, nageant comme les pâtes dans le potage.”

“Heureux ceux qui ne s’aperçoivent pas avec un immense dégoût que rien de change, que rien ne passe et que tout se lasse. Faut-il que nous ayons l’esprit lent, ferme et peu exigeant, pour nous contenter de ce qui est.”

“Je sens frémir en moi quelque chose de toutes les espèces d’animaux, de tous les instincts, de tous les désirs confus des créatures inférieures. J’aime la terre comme elles et non comme vous, les hommes, je l’aime sans l’admirer, sans la poétiser, sans m’exalter. J’aime d’un amour bestial et profond, méprisable et sacré, tout ce qui vit, tout ce qui pousse, tout ce qu’on voit, car tout cela, laissant calme mon esprit, trouble mes yeux et mon coeur, tout : les jours, les nuits, les fleuves, les mers, les tempêtes, les bois, les aurores, le regard et la chair des femmes.”

 » “Si Dieu m’accorde vie, je veux qu’il n’y ait si pauvre paysan en mon royaume qui ne puisse mettre la poule au pot le dimanche.” 

C’est avec ces paroles là qu’on prend, qu’on gouverne, qu’on domine les foules enthousiastes et niaises. Par deux paroles, Henri IV a dessiné sa physionomie pour la postérité. On ne peut prononcer son nom sans avoir aussitôt une vision de panache blanc, et une saveur de poule au pot. »

De_Maupassant_-_Sur_l'eau_23

Par Henri Lanos — illustration dans l’édition originale de 1888

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