L’enfant et l’oiseau

enfantoiseauDe Durian Sukegawa, je ne connais que Les délices de Tokyo et encore ! Seulement l’adaptation ciné merveilleuse de Naomi Kawase. Je me suis laissée tenter par L’enfant et l’oiseau, dont je me suis dit que ce serait un roman léger pour l’été. J’aurais dû me méfier et penser aux Délices de Tokyo, à la fin poignante. 

Johnson est un jeune corbeau. Yôichi est un garçon de 11 ans. Leurs destinées vont se croiser brièvement, par hasard, et être liées pour toujours.

J’ai adoré les premiers chapitres, très courts, très poétiques, où l’auteur suggère des sensations presque comme dans une pièce de théâtre. On y fait la connaissance de Johnson, qui ne s’appelle pas encore ainsi et qui vit ses premières sensations d’oiseau, ses premiers drames, terribles, son apprentissage fulgurant des lois de la nature. Tombé du nid, il est recueilli par Ritsuko, une employée d’usine, mère célibataire, qui le rapporte chez elle malgré les interdictions liées au caractère nuisible des corbeaux décrété par la municipalité. Son fils Yôichi, en déroute scolaire, trouve dans cette nouvelle responsabilité – soigner le jeune corbeau blessé – un accélérateur de maturité. Comme Johnson – ainsi l’a-t-il baptisé – il va faire lui aussi l’apprentissage un peu trop rapide des lois, non pas de la nature, mais des hommes. Leur méchanceté, leur cruauté, qui vont tenter de s’interposer entre lui et le corbeau. Ce lien furtif tissé entre l’enfant et l’oiseau va les propulser l’un et l’autre dans une destinée parallèle tragique. 

Une fable, un conte, une métaphore… difficile de qualifier ce roman qui se lit avec une grande fluidité, offre de splendides moments de poésie et de tendresse, et qui au bout du compte est un drame absolu. Difficile d’en dire plus sans révéler la fin mais pour ma part, elle était inattendue. 

Inattendue mais finalement pas si surprenante lorsqu’on connaît un peu les ressorts narratifs des récits japonais. Ce roman m’a fait penser à certains films de Kore-Eda, chroniques sociales pleines de tendresse et d’humanité et à la fin bouleversante, ou certaines animations du studio Ghibli, où tout ne rentre pas forcément dans l’ordre à la fin, du moins pas dans l’ordre qu’on attendait, mais dans l’ordre des choses. Ça ne se termine pas toujours bien, c’est ainsi. Nos petites habitudes nous font attendre une happy end après de longues tensions dramatiques et parfois il n’en est rien. On se sent impuissant, on en veut à la terre entière.

D’ailleurs, Kore-Eda pourrait adapter ce roman, ça lui irait comme un gant : une femme seule, qui cumule des emplois pour gagner sa vie, qui vole dans les magasins pour nourrir son fils, mais qui est prête à braver la société pour sauver un corbeau blessé et voir son fils heureux. Et cette fin à pleurer, implacable, d’une injustice totale, où la société des hommes s’emploie à détruire, broyer, les animaux comme les gens, pour de sinistres objectifs bureaucratiques. Les messages sont nombreux, dans ce roman. Sur la nature, l’humanité, le vivre ensemble, et sur nos points communs avec les animaux. Ritsuko ne cherche rien d’autre que protéger et nourrir son petit. Comme Johnson. Nous rappelant la juste place, la légitimité de chacun sur cette planète. 

L’oiseau et l’enfant – Durian Sukegawa – Albin Michel

J’apprends, en faisant quelques recherches sur ce roman, qu’il est inspiré de faits réels. Tokyo s’est vu obligé d’organiser la lutte contre les corbeaux qui pullulent et se nourrissent en déchiquetant les poubelles déposées sur les trottoirs. 

En VOD ici https://boutique.arte.tv/detail/corbeaux_de_tokyo

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