AN (Les délices de Tokyo)

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Et c’est de nouveau une salle comble au cinéma Les Ambiances qui a découvert en avant-première le dernier film de Naomi Kawase. Toujours partenaires de ces beaux événements : Radio Campus avec son animateur Sébastien, et l’association Japon-Auvergne Nippon-Auvergne représentée par Maïko et Tetsuya Gotani. Super méga bonus pour cette soirée : Joan, un membre de l’association JANA et accessoirement pâtissier, a réalisé pour toute la salle une centaine de dorayakis. C’est quoi donc ? Je te dirai plus tard. Et Katia, du salon de thé Kissaten (rue Terrasse à Clermont), avait quant à elle apporté plusieurs sortes de thé japonais à nous faire déguster. Royal. Mais les agapes, c’était pour la fin (et la faim). Place au film !

affiche_delices_tokyoNaomi Kawase est une réalisatrice japonaise dont je pensais n’avoir rien vu jusqu’à présent mais en fait si, j’ai Hanezu en DVD, un film difficile et déroutant, aux antipodes de ce « AN » lumineux et bienveillant. « AN » est le titre original et on ne peut que regretter ces insipides « Délices de Tokyo », formatés pour attirer le chaland dans les salles. AN, c’est le nom de la pâte de haricots rouges. Les Japonais ne sont pas de grands spécialistes des desserts et des plats sucrés mais il en est un qui jouit d’une popularité nationale, c’est le dorayaki. En apparence, rien de bien compliqué : une sorte de compote de haricots Azuki glissée entre deux petits pancakes. En fait… si, c’est un peu compliqué. Les haricots, il faut les baigner, les écouter, les veiller comme des enfants, ne pas les brusquer, leur faire abandonner leur amertume, et leur laisser le temps de devenir de jolis petits haricots fermes et souples, sans être cassants, et à la saveur douce et sucrée. Bref, cinq heures de travail et d’attention de tous les instants.

Ça, Tokue, elle sait faire. Du haut de ses 76 ans, elle contemple 50 ans de pâte de haricots rouges et n’a qu’une envie, travailler dans la petite échoppe de Sen, un type un peu triste, qui vend ses dorayakis sans grande conviction et n’a pas envie de s’embarrasser d’une grand-mère derrière son minuscule comptoir. Parmi les clients de Sen, la jeune Wakana vient régulièrement récupérer les invendus, c’est une collégienne réservée et studieuse mais un peu livrée à elle-même par une mère démissionnaire.

Et c’est là que le film commence par un happy beginning.

A force de persévérance, Tokue obtient enfin le droit de préparer la pâte de haricots rouges pour les dorayakis de Sen, les clients se pressent désormais pour dévaliser la boutique, Sen retrouve (un peu) le sourire, Wakana trouve en Tokue l’écoute bienveillante qu’elle n’a jamais eue… et là… c’est le drame. Tokue traîne avec elle un passé qui va éclabousser le petit commerce de Sen, tout en illuminant la vie de ce dernier et de celle de Wakana.

********** SPOILERS **********

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Au-delà de l’histoire charmante de cette petite équipée de solitaires qui communient devant des pâtisseries, « AN » nous plonge dans les méandres d’une histoire japonaise peu reluisante, et dans ceux, encore moins reluisants, de la cruauté des hommes. Tokue porte sur ses mains les stigmates de la lèpre, contractée lorsqu’elle était enfant. Ses mains sont tordues et abîmées mais peu importe, elles sont toujours capables de travailler, et de travailler bien. Mais le regard de la société reste encore lourd sur cette maladie tellement honteuse que le confinement n’a été levé qu’en 1996 dans le pays. Tokue a donc passé l’essentiel de son existence enfermée dans un sanatorium avec des gens comme elle, plus ou moins gravement atteints par la maladie. Face au dégoût et à la peur des autres, Tokue ne sait offrir que son infinie bienveillance et sa générosité. Elle en trouvera l’écho chez Sen et Wakana car eux aussi, d’une certaine façon, sont seuls et rejetés. Elle en trouvera l’écho et même mieux, elle leur passera le flambeau. Le film a commencé par un happy beginning, donc…

********** FIN DES SPOILERS **********

Naomi Kawase nous offre un film d’une bienveillance douce amère à la construction inattendue, où la cruauté des villes et de la solitude est transcendée par une poignée d’âmes lumineuses qui savent s’unir pour mieux la combattre. Trois générations, si différentes, mais qui apprennent les unes des autres, s’écoutent et se respectent, sans se soucier du qu’en-dira-t-on.

Pour accompagner un thème à la fois grave et léger, Naomi Kawase a travaillé chaque plan comme un tableau : je retiendrai ces flous d’arrière-plans lumineux et colorés, ces reflets, cette saisonnalité si chère au cinéma japonais où la nature devient le reflet de l’âme, ces visages marqués mais tellement vivants… Kirin Kiki, je l’ai vue à de nombreuses reprises, notamment dans les derniers films de Kore-Eda. Elle incarne ici un personnage profondément beau, malgré ses mains tordues, elle n’hésite pas à nous tendre un portrait sans fard de la vieillesse et de ses épreuves, et, anecdote particulièrement émouvante, elle joue face à sa propre petite-fille.

*****

Les larmes des spectateurs essuyées, il était temps de trouver un peu de réconfort ! Nous avons donc goûté les dorayakis de Joan, qu’il a préparés exactement comme dans le film, en suivant scrupuleusement toutes les étapes. Il les a, comme dans le film, emballés dans de petits sachets individuels, ornés d’un sticker japonais et surmontés d’une petite serviette en papier. C’était tellement joli que j’ai failli ne pas ouvrir le mien, mais j’avais trop envie de goûter. Et il était parfait ! Je connaissais déjà la pâte de haricots rouges, pour en avoir goûté au Japon justement, et je trouve ça particulièrement savoureux parce que, je ne sais pas pourquoi, ça me rappelle le goût de la crème de marron, en moins écoeurant. Je n’ai malheureusement pas testé les thés japonais du salon Kissaten mais question thé, je suis à peu près au point. Je ne désespère pas en revanche d’aller un jour y boire une tasse car je n’en ai encore jamais eu l’occasion. Et comble de la frustration, Joan n’a pas encore de boutique, c’est en projet, donc il faudra encore attendre un peu pour pouvoir (éventuellement) goûter à ses dorayakis.

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Sébastien, Joan et Maïko en train de présenter les dorayakis avant la dégustation

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Un grand merci à Maïko pour son invitation, au cinéma Les Ambiances pour nous offrir ces belles soirées, à Sébastien pour l’animation, à Joan et Katia pour les douceurs partagées avec le public.

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