Walden

waldenCe récit autobiographique d’Henry David Thoreau était déjà un classique de la littérature américaine mais depuis quelques années il revient régulièrement dans les débats et discussions en lien avec la nature et les rapports que l’homme entretient avec elle. Souvent cité et pris en exemple, Walden est une sorte de manifeste écologiste et humaniste avant l’heure. La fusion avec la nature comme seule issue possible. 

 

Je pensais d’ailleurs que Walden était un livre empreint de sérénité et de bienveillance paisible, a priori logiques après un séjour loin de la civilisation et au cœur de la nature. Et je découvre, très souvent, un Thoreau cinglant et désabusé lorsqu’il s’agit de ses contemporains. Mais en ce qui concerne la nature, en revanche… que d’égards et de délicatesses. 

J’avais tenté de lire Walden dans sa langue d’origine, l’anglais, mais au bout de quelques pages j’ai renoncé. Le style, de nombreuses références datées pour nous autres Français des années 2000, et un récit parfois un peu décousu m’ont fait opter pour une traduction, celle de Brice Matthieussent aux éditions Le mot et le reste. Ses nombreuses notes explicatives permettent de comprendre le contexte et même parfois les jeux de mots intraduisibles de Thoreau.

Le début du récit de Thoreau est bien sûr consacré à l’explication de sa démarche, celle de vivre seul dans une cabane au bord du lac Walden dans le Massachusetts, près de la ville de Concord. Durant 2 ans, 2 mois et 2 jours entre 1845 et 1847, il a vécu au milieu de la nature dans la plus grande simplicité. Il décrit d’ailleurs avec force détails le coût de son installation (matériaux, nourriture, outils…) et les gains, fruits de ses cultures. Le récit est condensé en quatre saisons, et non chronologiquement sur deux ans, Thoreau ayant mis plusieurs années et plusieurs versions de son texte pour enfin le publier en 1854. 

Car plus qu’un carnet de voyage ou un journal intime, il s’agit d’une réflexion philosophique extrêmement vaste sur la condition humaine et la nature, inspirée par ses longues journées de solitude (ou pas, car il lui arrivait malgré tout de fréquenter des gens durant sa “retraite”). 

Critique de la mode vestimentaire, de la consommation, déjà de masse, de vêtements aussi peu pratiques qu’éphémères dans la garde-robe de ceux qui les achètent au détriment du confort et de la solidité dans le temps… On trouve aussi dans Walden une critique de l’agriculture déjà intensive, au milieu du XIXe siècle, ainsi qu’un plaidoyer pour le végétarisme. La notion de désobéissance civile, qui connaît un nouvel essor ces dernières années dans nos pays occidentaux, est intimement liée à Thoreau et à son désaccord avec les grandes orientations de son siècle (esclavage, exploitation par le travail, impôts…). Frugalité, simplicité, “slow life” (pardon pour cet anachronisme mais ça transpire tellement dans Walden), bon sens pratique, autant d’évidences listées dans Walden mais que personne n’applique, du moins pas suffisamment pour le moment. Bientôt près de deux siècles qu’il (avec d’autres) nous alerte sur les dangers de notre mode de vie pour la nature et pour nous-mêmes et voilà où on en est.  

Ces paragraphes visionnaires, voire prophétiques, sont intercalés dans de longues descriptions contemplatives liées au temps libre dont disposait Thoreau : lac, poissons, forêts, animaux, saisons… il semble de jamais se lasser du spectacle de la nature et de son observation minutieuse, tant philosophique que scientifique. 

Lire ou relire Walden me semble une nécessité impérieuse par les temps qui courent. Et j’écris cela claquemurée dans mon appartement qui affiche 27°C tandis que dehors les records de températures sont pulvérisés. 

Je vous invite à écouter (clic sur l’image) cette émission de France Culture consacrée à Walden, histoire de finir de vous convaincre, et à lire les nombreuses citations ci-dessous (j’aurais pu en mettre 10 de plus tant ce récit est riche et passionnant). 

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Walden pond – Par Detroit Publishing Co. copyright claimant, publisher. — Cette image est disponible sur la Prints and Photographs division de la Bibliothèque du Congrès des États-Unis sous le numéro d’identification det.4a22665.

“La plupart des hommes mènent une existence de désespoir tranquille.”

“Par tous les temps, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, je me suis efforcé de privilégier l’instant présent et de le marquer d’une encoche sur mon bâton ; de me tenir à cette jonction de deux éternités, le passé et l’avenir, qu’est précisément l’instant présent ; de suivre cette ligne sur la pointe des pieds.”

“Je préfère être assis sur une citrouille et l’avoir toute à moi, plutôt qu’au milieu d’une foule sur un coussin de velours.”

“… et le prix d’une chose, c’est la quantité de ce que j’appellerais vie qu’on doit donner en échange, sur-le-champ ou plus tard.”

“Quant aux pyramides, elles n’ont rien d’admirable, sinon qu’on ait pu trouver tant d’hommes assez avilis pour consacrer leur vie à construire une tombe destinée à quelque ambitieux écervelé, qu’il eût été plus sage et plus viril de noyer dans le Nil, avant de jeter son cadavre en pâture aux chiens. Je pourrais, le cas échéant, leur inventer une excuse, à lui comme à eux, mais je n’ai pas le temps. Pour ce qui est de la religion et de l’amour de l’art des bâtisseurs, c’est à peu près la même chose dans le monde entier, que la bâtisse soit un temple égyptien ou la Banque des Etats-Unis. Cela coûte plus cher que cela ne vaut. Le ressort de toute l’affaire est la vanité, épaulée par l’amour de l’ail et des tartines beurrées.”

“Certains jours, je n’arrivais pas à sacrifier l’éclat splendide de l’instant présent à un quelconque travail, manuel ou cérébral. J’aime avoir une bonne marge dans ma vie. […] Le jour naturel est très calme et il ne reprochera jamais à quiconque son indolence.”

“La compagnie est souvent de piètre qualité. Nous nous rencontrons à des intervalles très rapprochés, sans avoir eu le temps d’acquérir la moindre valeur nouvelle pour autrui. Nous nous retrouvons trois fois par jour pour les repas, où chacun offre à l’autre une énième dégustation de ce vieux fromage moisi que nous sommes. Afin de rendre supportable cette fréquentation effrénée, et de ne pas aboutir à une guerre déclarée, il nous a fallu accepter une certain nombre de règles, appelées étiquette et politesse.”

“La poésie et la mythologie antiques suggèrent, pour le moins, que l’agriculture fut jadis un art sacré ; mais nous la pratiquons désormais avec une hâte et une indifférence sacrilèges, notre objectif consistant seulement à posséder de grosses fermes et d’énormes récoltes.”

“Le lac est le trait le plus beau et le plus expressif du paysage. C’est l’oeil de la terre ; en y plongeant son regard, l’homme qui le contemple mesure la profondeur de sa propre nature. Les arbres fluviatiles voisins de la rive sont les cils effilés qui le frangent ; les collines et les falaises boisées qui l’entourent, le sourcil qui le surplombe.”

“Indépendamment de mes propres habitudes en la matière, je ne doute pas qu’une partie du destin de la race humaine, dans son amélioration progressive, consiste à cesser de manger des animaux, tout aussi sûrement que les tribus sauvages renoncèrent à s’entre-dévorer lorsqu’elles entrèrent en contact avec des civilisations plus évoluées.”

Un commentaire

  1. Pingback: Sur l’eau | The magic orange plastic bird said...

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