Montvert-les-Bains

Il y a quelques années, j’ai lu Un chien de saison de Maurice Denuzière, j’avais bien aimé et je vous en avais parlé ici. Il y a quelques mois, quelqu’un a laissé un commentaire sur cet article (merci Fattorius) et ça m’a rappelé que je m’étais promis de lire d’autres romans de cet auteur. J’ai donc cherché et j’ai découvert que M. Denuzière avait 93 ans et qu’il avait publié son dernier roman en 2016. En lisant le résumé, j’ai immédiatement pensé que ce livre était fait pour moi. 

Nous sommes en 1900, quelque part dans le Forez, dans une station thermale qui se nomme Montvert-les-Bains. Elle n’existe pas mais les mieux renseignés d’entre vous savent qu’il existe dans la Loire une station qui s’appelle Montrond-les-Bains. Station thermale que je n’ai pas visitée donc j’ignore si la description faite dans le roman s’inspire de la réalité. Bref. Forez + station thermale + 1900 = triple intérêt de ma part. 

A l’été 1900, le jeune Laurent Saintour, héritier de la station thermale tenue par son père et son oncle, revient tout juste des Etats-Unis où il a étudié le fonctionnement des stations concurrentes. Il arrive pile pour célébrer le cinquantenaire de la station et alors que son père s’apprête à lui confier d’officielles fonctions de direction, Laurent lui avoue qu’il ne souhaite pas, du moins pour le moment, s’engager dans cette voie. Son voyage aux Etats-Unis a ouvert son appétit de voyage et de découverte du monde, il n’a donc pas très envie de s’enterrer dans le Forez à son âge, même pour les yeux de son amie d’enfance Camille. Renié violemment par son père mais soutenu par son oncle, plus ouvert, Laurent s’en va donc à Paris pour gagner sa vie. A partir de là, d’importantes rencontres successives vont l’amener à découvrir Paris bien sûr, mais aussi l’Andalousie, la Bavière, Berlin, l’Angleterre, Venise… et, comme par hasard, de nombreuses stations thermales, très en vogue à l’époque. De ce tour d’Europe qui va durer près de 15 ans, Laurent Saintour va également tirer d’innombrables enseignements sur le contexte géopolitique, la société, les arts ; et la quête d’un mystérieux tableau, réclamé par son oncle resté dans le Forez, va le conduire à pousser de nombreuses portes passionnantes. 

J’ai du mal à dire si j’ai aimé ou non ce roman. Je ne m’attendais pas vraiment à ce type de récit et j’avoue avoir eu un peu de mal à avancer rapidement (600 pages tout de même). En fait, Maurice Denuzière, journaliste et passionné d’histoire, s’est servi de sa trame narrative (le jeune homme qui voyage de pays en pays) pour nous raconter l’histoire de l’Europe durant les quatorze années qui ont précédé la Première Guerre Mondiale. Laurent Saintour côtoie la haute société, parfois des hommes politiques hauts placés et détenteurs de secrets d’Etat, donc on découvre les petites histoires de la grande histoire, l’espionnage, les querelles, qui ont conduit inexorablement à la guerre. Maurice Denuzière nous plonge aussi dans le monde des arts (littérature, peinture, musique…. tout !), de la technologie galopante, des expos universelles, des avancées (ou pas) sociales et dans celui, bien entendu, du thermalisme avec son histoire ancestrale, ses espoirs et ses faux-semblant, et le moins que l’on puisse dire, c’est que balayer l’ensemble de cette période, particulièrement riche à tous les niveaux, prend du temps et que cela nuit au récit censé nous tenir en haleine (les relations sentimentales de Laurent Saintour, la mystérieuse dame en mauve, le tableau introuvable…). Mais c’est passionnant. Mais pas enchâssé dans un roman. D’autant que le récit romanesque est, disons-le, constitué de grosses ficelles et qu’on voit arriver le dénouement très vite. Je ne félicite pas la personne qui a rédigé le résumé de la quatrième de couverture chez Flammarion car il n’est absolument pas représentatif du roman : l’accent mis sur le conflit familial et la gestion de la station de Montvert-les-Bains est vraiment tout à fait accessoire lorsqu’on contemple les 600 pages. Ce qui fait que même le titre est trompeur, finalement. Si vous aimez l’histoire et en particulier cette période de la Belle Époque, vous trouverez ici matière à satisfaire une curiosité hyper transversale, avec plein de notes de bas de page et une bibliographie sélective touffue à la fin. Mais pour cela il vous faudra suivre les aventures un peu laborieuses de Laurent Saintour.

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