Dans un recoin de ce monde

Ce film d’animation de Sunao Katabuchi est une adaptation d’un célèbre manga japonais. L’histoire commence dans les années 1930 à Hiroshima, où vit la jeune Suzu. On la voit grandir auprès de sa famille, mais aussi s’adonner à sa passion pour le dessin et la peinture. La vie n’est pas simple tous les jours mais elle semble douce malgré tout pour la jeune fille. Un jour, alors qu’elle est arrivée à l’âge adulte, on l’informe qu’un jeune homme d’une ville voisine souhaite l’épouser. Elle ne le connaît pas mais c’est ainsi, l’affaire est conclue entre les deux familles et Suzu déménage dans une ville à côté d’un port militaire, auprès de sa belle-famille. Heureusement, elle y est bien reçue et son mari est plein d’attentions pour elle. La vie continue ici mais elle est chaque jour un peu plus compliquée à cause de la guerre, avec son lot de restrictions alimentaires et ses bombardements de plus en plus nombreux. La douceur du quotidien laisse place à l’angoisse permanente et à la crainte du lendemain. Les drames s’enchaînent, jusqu’à ce 6 août 1945 où le Japon, mais aussi la planète entière, bascule dans l’horreur. 

Dans un recoin de ce monde n’est pas un film d’action. On pourrait presque dire qu’il n’y  passe pas grand chose mais ce serait sans compter la puissance du quotidien, de ses petits bonheurs et de son indécrottable optimisme. Comme le cinéma japonais sait si bien le faire, le film nous livre ces scènes d’intérieur faites de petits rituels, de plaisirs bruts que sont un bol de riz bien garni ou un bain bien chaud. Tout ça alors qu’une guerre mondiale fait rage et que les bombes pleuvent sur la ville. C’est tout simplement l’histoire d’une jeune femme, respectueuse des traditions mais courageuse et inspirée. Le drame d’Hiroshima vient seulement, si on peut dire, ponctuer une histoire qui a été, qui est, et qui sera. Ce n’est pas tant cette journée précise dont il est question ici, mais de la guerre dans son ensemble. On peut penser ce qu’on veut du rôle du Japon dans la Seconde Guerre Mondiale, mais il est bon de rappeler à quel point la population japonaise a souffert de privations extrêmes durant cette période. Et il est évidemment toujours bon de rappeler à quel point les bombes d’Hiroshima et Nagasaki ont été destructrices, au-delà de ce que l’imagination peut concevoir. 

La qualité de l’animation est particulièrement soignée, avec une poésie et une douceur de trait dignes des grands Myiazaki ou Takahata. Katabuchi s’est penché avec attention sur des documents d’époque et des témoignages afin que les lieux soient fidèles à ce qu’ils étaient dans les années 1940. ll en ressort une impression quasi documentaire.

Pour celles et ceux qui ont vu/lu le splendidement triste (ou tristement splendide, comme vous voulez) Tombeau des lucioles d’Isao Takahata, Dans un recoin de ce monde est une vision moins sombre de la guerre au Japon, une vision plus optimiste, qui célèbre la vie. Attendez-vous toutefois à verser quelques larmes, bien évidemment, vous n’y échapperez pas. 

Merci au cinéma Les Ambiances d’avoir programmé ce film et merci à Maïko Gotani de l’association JANA – Japon-Auvergne-Nippon-Auvergne de l’avoir introduit. 

La séance s’est terminée au bar La Bamboche juste à côté du cinéma, avec un atelier d’origami proposé par Tetsuya Gotani qui nous a fait réaliser une grue en papier. La fameuse grue, symbole de paix, présente partout sur le site d’Hiroshima. C’était pour moi une simple révision car j’avais appris à les faire (au Japon) mais j’en avais bien besoin !

Tetsuya sera en dédicace à la librairie Les Volcans le 11 juin 2022 de 15h à 18h pour la sortie de ses livres d’origami pour enfants et le 9 juillet à la librairie Momie.

J’ai eu la chance de visiter Hiroshima en 2009. C’est une visite particulièrement émouvante, évidemment parce qu’on se situe au cœur de la ville qui a été rasée, mais aussi parce que les informations que l’on apprend dans le musée sont aussi bouleversantes que surprenantes. Surprenantes car les effets et conséquences de la bombe sur les objets et sur les corps vont bien au-delà de ce qu’on pourrait imaginer en termes d’horreur et de souffrances. Plus de 100 000 morts. D’un coup. 

Le fameux dôme
L’hypocentre, là où la bombe a pété (dans le ciel, pas au sol)
Le monument des enfants et des grues

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