Summer wars

Note initialement publiée le 13 juin 2010

Natsuki demande à l’un de ses amis lycéens, Kenji, de l’accompagner quelques jours dans sa famille. Ce n’est qu’une fois arrivés qu’elle lui révèle l’avoir amené pour le présenter à sa grand-mère de 90 ans comme étant son fiancé. La grand-mère fête son anniversaire dans quelques jours et toute la famille doit se réunir. Beaucoup sont déjà là. Issue d’un illustre clan, la grand-mère habite une maison labyrinthique magnifique, et règne sur sa famille d’une main de fer dans un gant de soie. Durant sa première nuit, Kenji, surdoué en maths, répond à un mail mystérieux par le biais de son téléphone portable, une sorte d’énigme mathématique à résoudre. Le lendemain, sa photo est à la une des journaux télévisés, il serait le pirate à l’origine du chaos inextricable sur le site communautaire Oz.

Oz c’est un peu Facebook, MSN, Second Life, Paypal, l’administration publique, mais géré par les Pokemons…Des millions de personnes dans le monde entier, individuels, entreprises et institutionnels connectés en permanence depuis leur ordinateur, leur téléphone, leur console…Chacun disposant d’un avatar personnalisé.

L’énigme que Kenji a résolu, ce n’est ni plus ni moins que le code pour cracker Oz. Un mystérieux virus s’est servi de lui pour entrer dans le système et en prendre le contrôle. C’est le chaos sur la plate-forme mais aussi dans le monde réel. Systèmes GPS, dispositifs d’alertes, tout s’affole. Et dans la famille de Natsuki, on commence à s’affoler pas mal aussi, avec ce gamin débarqué de nulle part dont la photo apparaît à la télévision. Mais cet affolement n’est rien à côté de celui qui va les saisir lorsque c’est la planète qui est tout à coup en danger.

Mamoru Hosoda (« La traversée du temps ») signe une œuvre d’une richesse extraordinaire. Richesse graphique tout d’abord. Les graphismes de Oz n’ont d’égal que ceux de la maison traditionnelle des Jinnouchi. Tradition et modernité. Tradition contre modernité ? Certaines scènes semblent voir le temps s’arrêter. Une respiration, une réflexion, le reflet d’une main sur le parquet lustré. Puis on repart dans Oz où les pixels filent à la vitesse de la lumière, dans une débauche de couleurs et d’énergie. La richesse de la réflexion sur les rapports humains et sociaux ensuite. Faire partie d’une gigantesque plate-forme virtuelle et faire partie d’un clan familial ancestral. Non seulement c’est compatible mais c’est aussi finalement complémentaire. Seule la grand-mère n’utilise pas Oz mais rien qu’avec son vieux téléphone filaire à cadran rond, elle réussit à activer des dizaines de contacts au plus haut niveau de l’État afin d’essayer de sauver la situation. La notion de réseau n’est techniquement pas la même pour tout le monde mais le tout est d’arriver à les activer au bon moment. La solidarité opère à tous les niveaux. Qu’un membre de Oz, localisé en Allemagne, fasse don de son compte pour permettre à Natsuki de mieux combattre le virus, est aussi utile que tous les membres de la famille, jeunes comme vieux, liguant leurs forces chacun sur son téléphone ou sa console. Summer wars est l’animation des oppositions. Même les jeux sont mis en balance. Les combats virtuels valent bien une bonne partie de Hanafuda. L’ado rebelle livre des combats virtuels avec des techniques réelles issues de arts martiaux (ô joie intense lors des quelques secondes où on le voit dans le jardin exécuter des mouvements de taï chi en compagnie de son oncle). J’ai souri lorsque j’ai vu la grand-mère poser un pion sur un plateau de Go.

Bon alors les mal grattés diront que comme d’habitude dans les japanim, c’est très manichéen, c’est le bien contre le mal, mais je crois que ce qui est important, comme dans justement beaucoup de japanim, c’est ce qui est à la périphérie. Les sentiments, les émotions, les rappels incessants à l’histoire, à la mythologie…Je me rends compte d’ailleurs que pour prendre toute la mesure de ces films, il faut être pas mal documenté sur la société japonaise. Les Jap0nais ne sont pas loin de Oz, tant ils sont dépendants de leur téléphone. Je n’ai entendu parler que très récemment du jeu hanafuda. Les « vieux » de la famille conseillent aux jeunes de lutter contre le virus à l’aide d’une tactique tirée de l’histoire des samouraïs…Et tous ces détails microscopiques à chaque image…

Pour ceux qui trouvent qu’il manque une réflexion de fond sur l’apparition de ce virus sur cette plate-forme, je dirais qu’il faut lire entre les lignes. Toute les données personnelles, administratives, bancaires de chacun sont à la merci de n’importe quel acte malveillant. On apprend que c’est l’armée qui a commandé ce virus, pour le tester. Cette information ne nous a pas été donnée par hasard. La critique est en filigrane. Hosoda nous fait comprendre que le réseau est un immense terrain de jeu plein de possibilités, mais que ça reste un outil diabolique pour quiconque voudrait s’en servir à des fins malveillantes. Et que la prise de contrôle peut tout à fait venir de ceux à qui nous sommes censés faire confiance. Certes ce n’est pas ce qui ressort en priorité de ce film, mais l’idée y est, et c’est tout ce qui compte.

Bref, une richesse extraordinaire. J’ai hâte de voir sortir ce film en DVD pour pouvoir déguster chaque plan.

Pas de prix à Annecy pour ce film. What the fuck ??

2 Commentaires

  1. Pingback: Le garçon et la bête | The magic orange plastic bird said...

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