Balade dans le Livradois-Forez, à Ambert – Le Moulin Richard de Bas

expoSur invitation de Maïko et Tetsuya Gotani, de l’association JANA, je me suis rendue à Ambert, au Moulin Richard de Bas, pour assister à l’inauguration de l’exposition d’origami réalisée avec du papier fabriqué au moulin. Comme Ambert n’est pas exactement la porte à côté de Clermont-Ferrand (il faut 1h15 environ pour s’y rendre), je me suis fait un petit programme de visite afin de rentabiliser ma journée. Matinée au moulin, puis repas et visite d’Ambert et fin d’après-midi à Olliergues. Je vais faire deux billets distincts tant j’ai de choses à dire ! On commence par le Moulin !

L’inauguration ayant lieu à 11h, j’ai profité du début de matinée pour faire la visite guidée du moulin. C’est au XIVe siècle que l’activité de fabrication de papier a débuté à Ambert, en raison de la pureté de l’eau qui y coule. Depuis, les artisans perpétuent la tradition, avec les outils et techniques d’antan. La visite commence par la partie du moulin qui était habitée par le papetier et sa famille. Objets insolites, comme ce « grugeoir » pour écraser le sel, ou ce lit-placard pour enfermer les ouvriers de passage afin qu’ils ne prennent pas la poudre d’escampette pendant la nuit pour aller révéler les secrets de fabrication… malgré la reconstitution opérée pour en faire un musée, ce moulin semble baigner dans son jus. Grosse bâtisse de pierre le long de laquelle les végétaux s’élancent au son de l’eau battue par le moulin, omniprésence de fleurs champêtres aux couleurs vives, dont on comprendra l’utilisation plus tard… ce lieu respire la tranquillité. On y prend le temps de vivre et de faire les choses avec passion et délicatesse. D’ailleurs, y a pas de réseau ;) !

moulin_richard_debas

Après la partie habitation, la visite se poursuit par l’activité de production de papier. Explications techniques sur comment apposer la signature du moulin en filigrane (ici, le cœur barré), sur comment les chiffons (et non, ce papier n’est pas à base de bois !) sont broyés par de gros marteaux actionnés par l’eau du moulin, plongée dans l’histoire de l’écriture, des hiéroglyphes au parchemin en peau de veau (le velin, à ne pas confondre avec le papier du même nom). Puis on entre dans le cœur du moulin, dans le vacarme assourdissant de l’eau et des marteaux. La pâte à papier prend forme, et finit dans la pièce à côté, dans un grand bassin laiteux où nagent… des milliers de petites fleurs colorées. À l’aide de son tamis, l’artisan-papetier récupère de la matière et des petites fleurs, l’eau s’égoutte et presque instantanément, la feuille se solidifie. Reste à presser le tout et à faire sécher sur des étendoirs. Avant le séchage, certaines feuilles passent par les mains expertes et délicates des bouquetières, qui composent des créations uniques sur des feuilles blanches avec des fleurs fraîches. Véritables œuvres d’art, exemplaires uniques, ces feuilles seront destinées à l’encadrement, à l’impression de documents exceptionnels, diplômes, faire-part… Le moulin fabrique aussi du papier blanc ou de couleur, hors saison des fleurs. La boutique propose de nombreux produits, bruts ou façonnés : carnets, cartes, abat-jour… Évidemment j’ai craqué pour quelques feuilles sur lesquelles j’ai bien peur de ne jamais oser écrire. C’est un papier très agréable à toucher et à regarder, à la fois rustique, granuleux et délicat avec ces inclusions de fleurs fraîches qui ont gardé toutes leurs couleurs champêtres.

Moulin_habitat

moulin_fabrication

Moulin_séchage

Bref, une visite passionnante et vivante pour découvrir un produit brut et naturel plein de charme et de poésie. Le moulin est ouvert toute l’année. Le directeur du site, M. Péraudeau, m’a indiqué que l’ambiance l’hiver y était digne du Mordor… avis aux amateurs ;)

 P1050107

Timing impeccable, une fois la visite terminée c’était l’heure de l’inauguration. J’ai rejoint Maïko et Tetsuya dans la salle d’exposition où étaient alignés des dizaines d’animaux colorés, tous pliés par les soins de Tetsuya. Pliés et créés aussi. Car le papier a été spécialement conçu pour lui par le moulin Richard de Bas, l’origami étant un art délicat et fragile nécessitant un papier aux qualités spéciales. C’est en tenant compte des particularités de ce papier artisanal que Tetsuya a créé les diagrammes de certains animaux. Girafes, éléphants, dragons, kappa, taureaux… tout un bestiaire aligné comme à la parade. Et au-dessus de chaque création, les feuilles dépliées pour montrer les différentes étapes de pliage. Impressionnant et particulièrement bluffant quand on voit cette feuille carrée devenir un animal qui tient debout sans avoir coupé ou collé quoi que ce soit.

expo_origami

Cette exposition a mobilisé un certain nombre de personnalités locales, et également le Consul du Japon, M. Noguchi, qui soutient avec ferveur toutes les activités de Maïko et Tetsuya. Ces derniers sont les ambassadeurs de la culture japonaise en France mais tout particulièrement les ambassadeurs de l’île de Shikoku, qui a la particularité d’avoir beaucoup de points communs avec l’Auvergne. Paysages naturels préservés, terre de pèlerinage, production de papier artisanal… de quoi construire des liens d’amitié étroits et de belles collaborations.

P1050167

L’exposition de Tetsuya est visible jusqu’au 17 août seulement donc ne tardez pas (il m’a semblé comprendre que ses pliages seraient ensuite exposés à l’office de tourisme, ou la mairie… zut j’ai oublié!). Tetsuya sera sur place les 1er, 8 et 17 août pour des ateliers origami.

Après les discours officiels, un buffet a été offert aux invités. J’en retiens la petite brochette de jambon cru fondant accompagné de fourme d’Ambert locale. Petit apéro impec’ avant de rejoindre Ambert pour le déjeuner et la visite.

carnets

11 Commentaires

  1. Le travail de Tetsuya est tout simplement incroyable ! C’est des maths, c’est de l’art, c’est du fait main, et quand en plus ça sert à faire se rencontrer en parfaite harmonie le savoir-faire de peuples aussi éloignés géographiquement que l’Auvergne et le Japon, j’applaudis des deux mains ! (enfin, après avoir lâché la brochette jambon/fourme d’ambert)

  2. Val

    Tssss Tssss ! Fallait pas lâcher la brochette, fallait me la rapporter ! (Sourire en coin)

    J’imagine bien l’angoisse de la page blanche fleurie.
    Tu peux dessiner un cœur barré, peut-être ?
    (Tu ne trouves pas que ce coeur ressemble un peu à une tête d’âne stylisée ? Il sait aussi faire les ânes, Tetsuya ? à défaut de faire l’âne, surtout devant Msieur le consul)

    • @Val : un âne stylisé ?? euh… faut arrêter de préparer ton périple « Stevenson », ça te monte à la tête ^^ Plutôt une petite souris, les oreilles sont rondes ;)
      J’ai pas vu d’âne exposé… faudra lui poser la question à l’occasion !

  3. Mum

    Magnifique papier,magnifiques réalisations en origami. Je rêve d’un éléphant en origami pour ma collection !

  4. Pingback: Balade dans le Livradois-Forez, à Ambert et Olliergues – Le plan d’eau et l’île aux Crayons | The magic orange plastic bird said...

  5. Pingback: Le musée des arts d’Afrique et d’Asie de Vichy | The magic orange plastic bird said...

  6. Pingback: Instapéro à Montbrison | The magic orange plastic bird said...

  7. Pingback: Japonissimo | The magic orange plastic bird said...

  8. Pingback: Il était une fois l’Auvergne | The magic orange plastic bird said...

T'as un truc à rajouter ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :