Après la tempête

tempeteLa sortie d’un nouveau film de Kore-Eda Hirokazu est toujours un grand moment d’excitation pour moi, mais cette fois-ci j’ai bien failli passer à côté, peu attentive à l’actualité cinématographique du moment. C’est pourquoi je remercie chaleureusement Maïko, de l’association JANA (Japon Auvergne – Nippon Auvergne) qui, en m’invitant à l’avant-première au cinéma Les Ambiances, m’a alertée de la sortie de ce nouveau film.

Cinéaste désormais incontournable au Japon et dans le monde entier, Kore-Eda renoue une fois de plus avec ce qu’il affectionne le plus, avec ce qu’il maîtrise parfaitement, la chronique familiale mélancolique, un regard délicat et sensible sur la société, une parenthèse de vie dans laquelle les émotions s’entrechoquent, et finalement éclosent, à la faveur d’un typhon qui s’abat sur Tokyo, pour laisser place à réflexions à la fois subtiles et profondes sur l’âme humaine.

C’est l’histoire d’une famille, celle de Ryota, un père de famille divorcé, un peu romancier, un peu détective privé, qui passe tout son argent dans les courses, les loteries ou au pachinko (les machines à sous locales). Il est évidemment en froid avec son ex-épouse, qui tente de refaire sa vie en attendant ses pensions alimentaires, mais il est aussi en froid avec sa sœur, également pour des questions d’argent. Leur père vient de mourir et personne ne semble le regretter. Lui aussi accro au jeu, il a condamné son épouse à vivre toute sa vie dans un appartement minuscule d’un grand complexe d’habitation collective.

Car c’est aussi l’histoire d’un immeuble. Et là je remercie Maïko pour son introduction précieuse avant le film (comme à chaque fois, soit dit en passant). Sans elle, nous serions probablement tous passés à côté d’un personnage central, le dantchi. Visuellement, les dantchi ressemblent à nos HLM. Construits dans les années 1950 en plein boom démographique, ces logements publics accueillaient des familles de la classe moyenne, fonctionnaires et salariés. Contrairement à nos HLM qui exigent un revenu maximum, les dantchi exigent un revenu minimum pour y accéder. Les appartements, bien que petits, étaient particulièrement luxueux pour l’époque, avec tout le confort moderne mais malheureusement aujourd’hui, le temps a fait son oeuvre, les mœurs ont évolué, et les dantchi se vident ou ne sont peuplés que de personnes âgées.

C’est suite à la mort de son père, et en allant voir sa mère dans son dantchi, que Kore-Eda a commencé à réfléchir à ce film, et c’est dans le dantchi de son enfance (et même plus que ça, puisqu’il y est resté de 9 à 28 ans) qu’il a souhaité tourner, après avoir obtenu les autorisations nécessaires. Ce dantchi est le reflet du destin de cette petite famille : de grandes ambitions, des rêves, mais une réalité étriquée et parsemée d’obstacles. Tous auraient aspiré à une vie meilleure mais se retrouvent à compter chaque Yen dans des appartements microscopiques. Coincés chez la grand-mère, dans le dantchi, pendant un typhon, Ryota, son ex-épouse et leur fils vont tenter de recoller les morceaux tant bien que mal.

Pour servir ses thèmes favoris, Kore-Eda a bien sûr fait appel à ses comédiens favoris. La grand-mère est incarnée par la facétieuse Kiki Kirin, déjà vue dans beaucoup de ses films dont l’extraordinaire “Notre petite sœur” ou “Still walking”, le fils par Abe Hiroshi (“I wish”, “Still walking”). Et comme d’habitude, Kore-Eda développe son talent si particulier pour filmer le quotidien, les casseroles fumantes, et faire du huis-clos d’un appartement un horizon infini d’émotions (je me souviens du premier film que j’ai vu de lui, “Nobody knows”, une révélation fulgurante). Si je devais trouver un petit défaut à “Après la tempête”, c’est la longueur de la première partie, AVANT la tempête. J’ai trouvé la seconde partie beaucoup plus intense et structurée. A propos du titre du film, d’ailleurs, en japonais il s’agit d’un titre emprunté à une chanson populaire des années 1980, qui signifie “encore plus profond que la mer”. Sans dévoiler quoi que ce soit de l’intrigue, ces paroles vont inspirer à la grand-mère des réflexions bouleversantes, que je n’attendais pas, d’une mélancolie poignante.

Un immense merci à Maïko et Tetsuya pour leur invitation et pour les précieuses informations qui nous ont aidés à apprécier toutes les subtilités de ce film. C’est toujours un grand plaisir de partager ces soirées avec eux !

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