Franck Bouysse

Je suis partie un jour en mission commando à la librairie Les Volcans afin d’acheter plusieurs romans de Franck Bouysse. Il arrive qu’on ait besoin de déconnecter de certaines choses et la lecture est parfois difficile à avaler même quand on sait que c’est un remède efficace. Ce qui m’est arrivé pendant le confinement, d’ailleurs. L’astuce est d’avoir quelques “cartouches” d’auteurs dont on sait qu’ils vont nous embarquer sans ménagement dans leur univers, Fred Vargas et Philippe Jaenada étant de ceux-là mais malheureusement le barillet est vide de mon côté. Reste Franck Bouysse, découvert l’an dernier avec Plateau, retrouvé récemment avec Né d’aucune femme, et dont le style autant que la noirceur sont addictifs. 

Ce sont donc trois petits romans que j’ai enchaînés ces derniers jours, avec des sujets différents, avec un style dont on peut constater l’évolution au fil des ans. Et il se trouve que l’ordre dans lequel je les ai lus est allé crescendo dans la noirceur.

Vagabond

bouyssevagabondC’est un musicien fauché, qui joue dans les bars qui veulent bien de lui et de sa dégaine pas très soignée. L’alcool est son meilleur compagnon, l’unique même, et il subsiste en lui la meurtrissure d’un amour perdu, quelques années auparavant. Et voilà que cet amour perdu refait surface, elle aussi toujours dans la musique et de passage en ville. L’occasion d’aller vérifier si la blessure est toujours vive. 

Je n’ai pas retrouvé dans ce très court roman, presque une nouvelle, le style si particulier, poétique et fulgurant, que j’avais trouvé dans Plateau ou Né d’aucune femme. La noirceur de l’âme, la dérive sociale et humaine sont quant à elle bien là mais elles n’ont pas la même saveur. C’est en soi une petite déception mais qui sublime du coup ce qui est désormais la marque de fabrique de Franck Bouysse, ce style qui semble maintenant tout à fait affûté comme le tranchant d’un Opinel. Une évolution intéressante à observer. 

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Grossir le ciel

Nous voici au fin fond de la Lozère, du côté de Pont-de-Montvert. Ces noms sonnent pourbouyssegrossir moi comme la promesse d’un paradis vert, expurgé de la folie des hommes, mais c’est un enfer glacé qui attend le lecteur dans ce roman, qui rappelle Plateau dans sa peinture d’un monde rural, agricole, quasi tribal, et dans ses secrets bien gardés au fond des granges crasseuses. 

Gus commence à prendre de l’âge et son quotidien est réglé comme un métronome. Seul dans sa ferme perdue dans la campagne lozérienne, il s’occupe de ses vaches, à l’étable car c’est l’hiver, il va chasser les grives et boit parfois un canon avec son voisin Abel, qui vit dans la ferme la plus proche à plusieurs centaines de mètres. L’abbé Pierre qui meurt, des coups de feu qui claquent dans l’air glacial, des questions qui surgissent, et tout le passé de Gus lui revient à la figure, sa mère odieuse, son père pas mieux, les blessures cuisantes de l’adolescence et tout se met à vaciller. Les secrets percent les uns après les autres, déversant leur pus mortifère sur Les Doges.

Un roman addictif, très noir, où le bien et le mal n’ont plus de définition.

Ce roman a reçu plusieurs prix dont le prix SNCF du polar en 2017. 

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Oxymort

bouysseoxymortL’histoire s’ouvre sur cet homme, enfermé depuis deux jours – si ses calculs sont exacts – dans une cave sans lumière et enchaîné à un mur. Il n’a aucune idée de ce qu’il fait là, de pourquoi on l’a enlevé et de pourquoi on le torture. Son agresseur ne lui donnant que peu d’indices, notre prisonnier va tenter de remonter le cours du temps et de sa mémoire, pour essayer de comprendre ce qui a pu se passer. Sur ce trajet intérieur, il risque de ne trouver que les traces du bonheur, encore bien fraîches, qui lui réchaufferont le corps et le cœur. Une sorte d’obscure clarté*, une lumière au bout du tunnel. 

Difficile d’en dire plus sur ce polar à suspense. Certaines critiques négatives de lecteurs que j’aie lues me font dire qu’on n’a pas perçu le roman de la même façon. [Attention spoilers] La plupart de ceux qui ont été déçus ont trouvé le dénouement sans originalité. C’est sous-estimer la finesse psychologique de l’auteur ! Pour moi, ce n’est pas le dénouement qui compte, mais le chemin parcouru par Louis durant son enfermement. A aucun moment il ne peut savoir ce qui lui arrive (même s’il reçoit un indice) donc ce qui est intéressant c’est de voir quels souvenirs, quelles sensations, quelles personnes il va convoquer dans ce cloaque sordide, qui lui insuffleront l’élan vital indispensable à son évasion tant espérée. Et c’est ça le message. Ce qui nous meut.

*probablement un des meilleurs titres de roman tant il y a de jeux de mots

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